
Le président de la Pologne a bloqué un ensemble de règles visant à encadrer le secteur crypto en pleine évolution, portant un coup à la volonté gouvernementale de renforcer la supervision de l’industrie.
Karol Nawrocki a opposé son veto au Crypto-Asset Market Act, arguant dans un communiqué officiel que ses dispositions « menacent véritablement les libertés des Polonais, leur propriété et la stabilité de l’État ». Cette décision a immédiatement divisé l’opinion à Varsovie : les partisans des cryptomonnaies y voient une défense de l’innovation et de la liberté économique, tandis que le gouvernement dénonce une ouverture au désordre du marché et à d’éventuels préjudices pour les consommateurs.
Présenté début 2024, le projet de loi controversé visait à soumettre le secteur des actifs numériques à un contrôle étroit, instaurant un dispositif réglementaire parmi les plus stricts de l’Union européenne.
Les partisans du projet au sein du gouvernement jugeaient ces mesures indispensables pour protéger les investisseurs face à la recrudescence des fraudes et abus dans le secteur. Ils ont rappelé les pertes subies par de nombreux particuliers sur des plateformes non régulées, estimant qu’un contrôle fort est nécessaire pour restaurer la confiance dans les actifs numériques.
À l’inverse, des critiques, dont l’opposant Tomasz Mentzen, avaient anticipé le refus présidentiel. Mentzen a dénoncé un texte trop généraliste, qui pénaliserait aussi bien les entreprises conformes que les acteurs malveillants, nuisant à l’innovation. Selon lui, la régulation doit cibler les comportements dangereux plutôt qu’imposer des restrictions à tout un secteur.
La présidence a mis en avant plusieurs points sensibles de la loi, notamment une clause controversée qui aurait permis aux autorités de bloquer des sites liés aux cryptos, suscitant de vives inquiétudes sur le risque d’abus.
Le communiqué présidentiel souligne que « les lois sur le blocage de domaines sont par essence opaques et ouvrent la voie à des abus gouvernementaux ». Il met en garde contre l’utilisation détournée de ces mesures, qui pourraient viser des entreprises légitimes ou des contenus éducatifs, citant des exemples critiqués par les défenseurs des droits numériques à l’étranger.
Nawrocki a ajouté que la complexité du texte nuisait à la transparence et à l’accessibilité, surtout comparé à des cadres mieux ciblés mis en œuvre dans des pays voisins comme la Tchéquie, la Slovaquie ou la Hongrie, qui ont su concilier protection des consommateurs et croissance du secteur.
Le président estime qu’une régulation trop stricte pousserait les entreprises innovantes et leurs recettes fiscales vers des pays plus accueillants, tels que la Lituanie ou Malte, qui se positionnent comme des pôles crypto-friendly en Europe. Cette fuite nuirait à la compétitivité de la Pologne dans l’économie numérique.
Il a également dénoncé des frais de supervision trop élevés, qui décourageraient les start-up et PME au profit des grandes entreprises et banques étrangères, renforçant la concentration du marché au détriment de la diversité et de la concurrence.
« Cela constitue un renversement de la logique économique, détruisant la structure concurrentielle du marché et compromettant l’innovation technologique », a affirmé Nawrocki, alertant sur le risque pour la position de la Pologne dans le secteur mondial de la blockchain.
De leur côté, plusieurs membres du gouvernement ont rapidement condamné le veto, le jugeant idéologique et préjudiciable à la protection des consommateurs.
Le ministre des Finances, Andrzej Domański, a accusé le président de « choisir délibérément le chaos plutôt que l’ordre », estimant que ce veto expose les citoyens à la manipulation du marché et à la fraude. Il considère qu’en l’absence de supervision, le secteur crypto reste un « Far West » dangereux pour les investisseurs novices.
Le ministre des Affaires étrangères, Radosław Sikorski, a averti qu’en l’absence de nouveaux contrôles, les épargnants polonais pourraient subir de lourdes pertes en cas de chute des marchés. Il a cité les krachs récents ayant coûté des milliards aux particuliers à l’étranger, appelant la Pologne à tirer les leçons de ces exemples.
Les acteurs du secteur crypto ont répliqué vigoureusement, estimant que les fraudes et pertes d’investisseurs résultent avant tout d’un défaut d’application des lois existantes, et non du rejet d’un texte trop contraignant. Pour eux, les règles contre la fraude et la criminalité financière suffisent si elles sont appliquées, et ajouter des couches de bureaucratie ne résoudra pas le problème à la source.
L’économiste Krzysztof Piech a rappelé que la Pologne ne fonctionne pas dans un vide réglementaire : le règlement européen Markets in Crypto-Assets (MiCA), qui entrera en vigueur en juillet 2026, apportera des protections harmonisées dans tous les États membres, tout en laissant une marge de manœuvre nationale.
Piech estime que la Pologne devrait se préparer à la mise en œuvre du MiCA, plutôt que d’adopter dans l’urgence une loi nationale imparfaite, qui risquerait d’être remplacée ou d’entrer en conflit avec la réglementation européenne. Selon lui, une régulation harmonisée à l’échelle européenne serait plus efficace pour gérer les défis transfrontaliers des marchés crypto qu’une approche fragmentaire.
Sur le plan de la sécurité, Sławomir Cenckiewicz, chef du Bureau de la sécurité nationale, a révélé en octobre dernier que la Russie utilise les cryptos pour financer des saboteurs menant des attaques hybrides dans l’UE, rendant les flux financiers difficiles à tracer et posant un défi pour la sécurité nationale.
Cenckiewicz a précisé au Financial Times que le GRU, le renseignement militaire russe, recourt aux réseaux crypto pour financer des opérations allant du sabotage physique aux cyberattaques contre les infrastructures critiques. Cette dimension sécuritaire alimente le débat : certains y voient une justification à un contrôle accru, d’autres estiment que les dispositifs anti-blanchiment et la coopération internationale sont plus adaptés que des restrictions généralisées sur l’usage légitime des cryptos.
Le président polonais a opposé son veto à la loi sur la régulation des cryptomonnaies, soulignant la menace qu’elle fait peser sur les libertés individuelles. Il s’est opposé à des mesures pouvant limiter le droit des citoyens à accéder et à utiliser les cryptos, privilégiant la liberté économique sur une supervision accrue.
Une régulation crypto stricte peut entraver l’innovation et la liberté financière en limitant l’accès et les possibilités de négociation. Une régulation équilibrée protège les consommateurs tout en préservant l’efficacité du marché et en favorisant l’adoption institutionnelle pour une croissance durable.
La Pologne défend une régulation équilibrée des cryptos en Europe. Le président polonais a récemment mis son veto à des lois restrictives, insistant sur la protection de la liberté individuelle et de l’innovation. Le pays privilégie une supervision mesurée, se positionnant comme un acteur crypto-friendly dans le cadre réglementaire européen.
Une régulation crypto trop stricte peut restreindre la liberté économique et l’autonomie financière. Un contrôle excessif risque de limiter l’innovation et la gestion personnelle des actifs, suscitant des inquiétudes sur la liberté individuelle. Une régulation équilibrée protège à la fois les consommateurs et la liberté du marché.
Ce veto devrait instaurer un environnement réglementaire plus favorable, attirant entreprises et investisseurs crypto en Pologne. Cela pourrait stimuler l’adoption, les volumes d’échanges et l’innovation blockchain, positionnant la Pologne comme une juridiction crypto-friendly en Europe.











