

La loi GENIUS, promulguée le 18 juillet 2025, marque un tournant majeur dans la régulation des actifs numériques aux États-Unis. Toutefois, les régulateurs doivent finaliser leurs textes avant que la période de mise en œuvre de 120 jours ne puisse débuter, ce qui suscite une pression accrue de la part des législateurs inquiets du respect des échéances clés. Cette étape législative constitue le premier cadre fédéral exhaustif pour la supervision des stablecoins aux États-Unis, définissant des normes claires pour les émetteurs et instaurant une structure réglementaire unifiée entre plusieurs agences.
Le Congrès accentue la pression sur les régulateurs pour accélérer l’application de la nouvelle loi américaine sur les stablecoins, le représentant Bryan Steil soulignant que le délai d’un an pour l’élaboration des règles approche rapidement. Cette urgence s’explique par la complexité du calendrier de mise en œuvre, qui implique la coordination de nombreuses agences fédérales et la création de cadres réglementaires détaillés pour encadrer un secteur en évolution rapide.
Lors d’une récente audition du House Financial Services Committee, Steil a demandé aux responsables d’agences de fournir des avancées concrètes sur le déploiement du Guiding and Establishing National Innovation for U.S. Stablecoins Act, signé par le président Donald Trump le 18 juillet 2025. L’audition a souligné l’importance d’une application rapide, car tout retard pourrait créer une incertitude réglementaire sur le marché des stablecoins et fragiliser la compétitivité américaine sur la scène mondiale des actifs numériques. Steil a noté que le comité a déjà observé des situations où le Congrès adopte une loi, mais où les règlements tardent ou restent bloqués, créant des failles dans la supervision et alimentant la confusion du marché.
La loi GENIUS, promulguée le 18 juillet 2025, est la première législation américaine à imposer un cadre fédéral unifié aux émetteurs de stablecoins, transformant la régulation des actifs numériques au niveau fédéral. Jusqu’alors, la surveillance des stablecoins était dispersée entre les lois étatiques sur le transfert d’argent et diverses interprétations d’agences fédérales, générant incertitude réglementaire et défis de conformité pour les émetteurs opérant dans plusieurs juridictions.
La loi donne aux régulateurs jusqu’au 18 juillet 2026 pour finaliser l’ensemble des textes d’application, fixant un calendrier serré pour l’un des déploiements réglementaires les plus ambitieux de l’histoire financière récente. Cependant, le cadre ne prendra effet qu’à la première des deux échéances suivantes : le 18 janvier 2027 ou 120 jours après la publication des textes finaux par toutes les agences compétentes. Cette double échéance vise à garantir aux régulateurs le temps nécessaire pour élaborer des règles solides tout en évitant des retards indéfinis dans la mise en œuvre.
Ce calendrier exerce une forte pression sur les agences en charge de la première vague de propositions, qui doivent équilibrer la nécessité d’une large consultation publique avec l’obligation de respecter les délais légaux. La complexité de la régulation des stablecoins – des exigences de réserves à la cybersécurité – rend l’exercice particulièrement exigeant, imposant une coordination renforcée et une cohérence entre les différents domaines réglementaires.
Steil a rappelé au comité que respecter le calendrier de la loi GENIUS est crucial, alors que les stablecoins occupent une place centrale dans la liquidité mondiale en dollars et les marchés d’actifs numériques. Les stablecoins totalisent aujourd’hui plus de 200 milliards de dollars en capitalisation mondiale, la majorité étant libellée en dollars, ce qui en fait un outil déterminant pour préserver la domination du dollar dans l’économie numérique. Un retard dans la mise en place de normes claires risquerait de déplacer l’innovation vers des juridictions mieux régulées, affaiblissant potentiellement le leadership américain dans ce secteur stratégique.
Pendant l’audition, le président de la NCUA, Kyle Hauptman, a assuré que le régulateur des credit unions prévoit de concentrer sa première réglementation liée à GENIUS sur le processus de demande pour les émetteurs souhaitant opérer sous supervision des credit unions. Hauptman a expliqué que la National Credit Union Administration jouera un rôle clé pour les projets de stablecoins communautaires de petite taille, qui pourraient bénéficier de l’accent mis sur le service aux membres et l’inclusion financière. Il a souligné la conscience commune de l’échéance de juillet 2026 et la collaboration régulière entre agences pour la respecter, à travers des réunions inter-agences et le partage de ressources techniques.
L’audition a réuni des responsables de la Réserve fédérale, de l’Office of the Comptroller of the Currency, de la National Credit Union Administration et de la Federal Deposit Insurance Corporation, illustrant la dimension inter-agences de la surveillance des stablecoins dans le nouveau cadre. Cette coordination marque une rupture avec l’approche fragmentée passée, où chaque agence adoptait sa propre position sur la régulation des actifs numériques, générant confusion chez les acteurs du marché.
Dans des interventions préparées publiées avant l’audition, le président par intérim de la FDIC, Travis Hill, a indiqué que son agence compte publier sa première proposition dans les prochaines semaines, établissant le processus de demande pour les émetteurs de stablecoins supervisés par la FDIC. Hill a présenté une approche progressive : débuter par les procédures d’octroi de licences, puis élargir aux exigences opérationnelles et prudentielles. Ce déploiement par étapes doit permettre aux émetteurs de préparer leurs demandes pendant que les standards réglementaires plus complexes sont encore en discussion.
Hill a précisé que les missions de la FDIC dépassent la simple délivrance de licences, la loi chargeant son agence de définir les standards de capital, de liquidité et de réserves pour les stablecoins émis par des banques. Ces normes prudentielles sont essentielles pour garantir que les stablecoins maintiennent leur parité avec le dollar américain même en cas de stress de marché, prévenant ainsi les épisodes de décorrélation qui ont nui à la confiance dans certains stablecoins algorithmiques. Grâce à son expertise en supervision bancaire et en assurance des dépôts, la FDIC est particulièrement bien placée pour élaborer ces standards, forte de décennies d’expérience dans la sécurité des institutions de dépôt.
Il a ajouté qu’une proposition séparée sur les standards prudentiels est attendue pour le premier trimestre de l’an prochain, permettant un déploiement réglementaire en deux temps : d’abord une consultation publique sur les procédures d’octroi de licences, puis sur les exigences opérationnelles. Cette méthode vise à maximiser la participation des parties prenantes tout en assurant le respect de l’échéance de juillet 2026, afin que les règles finales reflètent à la fois les priorités réglementaires et les contraintes du secteur.
La loi GENIUS imposerait aux émetteurs de stablecoins de garantir chaque jeton par un dollar américain ou un actif liquide de grande qualité, assurant que chaque token en circulation soit totalement couvert par des réserves sûres et rapidement mobilisables. Cette exigence vise à empêcher les pratiques de réserves fractionnaires qui pourraient exposer les détenteurs à des pertes en cas d’insolvabilité de l’émetteur ou de perturbations du marché. Elle instaure également un audit annuel pour les sociétés dont la capitalisation de jetons dépasse 50 milliards de dollars, renforçant ainsi les obligations de transparence pour les émetteurs systémiques qui pourraient menacer la stabilité financière en cas de défaillance.
Le texte définit aussi les premières normes fédérales pour les stablecoins émis à l’étranger, permettant à Washington de disposer d’un cadre de surveillance plus clair sur les projets offshore s’adressant à la clientèle américaine. Ces dispositions répondent aux préoccupations selon lesquelles des émetteurs étrangers non supervisés pourraient affaiblir les standards nationaux et faciliter des canaux de financement illicite. La loi fixe les conditions de commercialisation de ces stablecoins aux États-Unis, notamment des obligations de représentation locale et de conformité à des standards anti-blanchiment équivalents à ceux exigés des émetteurs nationaux.
Les agences fédérales ont déjà commencé à préparer la mise en œuvre à travers des initiatives coordonnées. Le département du Trésor a lancé plusieurs consultations publiques pour recueillir l’avis du secteur sur la conception des règles applicables aux stablecoins et sur la surveillance des risques de financement illicite, considérant qu’une régulation efficace nécessite de comprendre les capacités techniques et les réalités opérationnelles des systèmes de stablecoins. Ces consultations ont mobilisé de grandes institutions financières, des sociétés fintech, des développeurs blockchain et des associations de consommateurs, traduisant l’intérêt de l’ensemble de l’écosystème pour un cadre réglementaire adapté.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a indiqué que les retours du secteur orienteront les recherches en cours sur les outils de conformité, leur efficacité et leur impact sur la vie privée. Le Trésor privilégie une approche fondée sur le risque, capable de s’adapter à l’évolution des menaces sans alourdir inutilement les obligations des utilisateurs légitimes. Bessent insiste sur l’objectif de créer un environnement réglementaire propice à l’innovation tout en maintenant une protection renforcée contre le blanchiment d’argent, le financement du terrorisme et le contournement des sanctions.
Il qualifie la loi GENIUS d’« essentielle » pour maintenir le leadership américain sur le marché des stablecoins, estimant que des normes claires attireront émetteurs responsables et capitaux institutionnels vers des plateformes régulées aux États-Unis. Cette position est déterminante pour la compétitivité économique, mais aussi pour garantir la prééminence des stablecoins en dollars dans le commerce numérique mondial, consolidant le rôle du dollar comme première monnaie de réserve, aussi bien dans la finance traditionnelle que numérique.
Le processus législatif reste toutefois marqué par des tensions politiques susceptibles d’impacter la mise en œuvre. Lors de la dernière audition, la représentante Maxine Waters s’est interrogée sur l’opportunité qu’un président en exercice détienne des intérêts commerciaux dans les secteurs qu’il régule, évoquant la relation du président Trump avec le projet World Liberty Financial, une plateforme d’actifs numériques qui pourrait bénéficier d’un traitement réglementaire favorable. Elle estime que cette situation souligne des conflits d’intérêts non résolus, que le Congrès doit traiter pour garantir que les décisions réglementaires servent l’intérêt général et non celui de certains acteurs privés.
La dynamique réglementaire évolue parallèlement à d’autres initiatives de structuration du marché au Congrès, illustrant une approche globale de la supervision des actifs numériques. La Chambre des représentants a adopté récemment son ensemble de mesures sur les actifs numériques, la loi CLARITY, répartissant la surveillance entre la Commodity Futures Trading Commission et la Securities and Exchange Commission en fonction de la classification des tokens. La loi CLARITY instaurerait un cadre fonctionnel distinguant les tokens relevant des matières premières (CFTC) et ceux assimilés à des valeurs mobilières (SEC), mettant fin à des années d’incertitudes de compétence qui ont freiné la régulation et le développement du marché.
Le texte attend encore l’examen du Sénat, et selon les analystes, ses perspectives demeurent incertaines en raison des débats persistants sur l’étendue des pouvoirs de la SEC sur les actifs numériques. Certains sénateurs redoutent que la loi n’affaiblisse la capacité de la SEC à protéger les investisseurs contre les offres frauduleuses, tandis que d’autres considèrent qu’une clarification réglementaire est indispensable pour permettre aux projets légitimes de se financer et d’opérer sereinement. L’issue de ces débats déterminera l’environnement réglementaire global des actifs numériques au-delà des seuls stablecoins.
Un autre texte clé, l’Anti-CBDC Surveillance State Act, est également en discussion au Sénat et marque une prise de position importante sur l’avenir de la monnaie numérique aux États-Unis. Ce projet de loi interdirait à la Réserve fédérale d’émettre une monnaie numérique de banque centrale à destination du grand public sans autorisation explicite du Congrès, une mesure que ses partisans estiment nécessaire pour préserver la confidentialité financière et empêcher toute ingérence excessive de l’État dans les transactions des citoyens. Les défenseurs de cette proposition estiment qu’une CBDC de détail pourrait ouvrir la voie à une surveillance inédite des habitudes de dépense et permettre la mise en place d’une monnaie programmable limitant l’usage des fonds. Le débat sur ce texte reflète les tensions entre innovation dans les paiements numériques et préoccupations concernant la vie privée et le contrôle des pouvoirs publics dans une finance de plus en plus numérisée.
La loi GENIUS est une législation américaine qui encadre la régulation des stablecoins et cible les risques financiers systémiques. Elle instaure des cadres réglementaires fédéraux pour les émetteurs de stablecoins, renforçant la supervision, la protection des consommateurs et la stabilité financière, tout en soutenant une innovation responsable sur ce marché.
La régulation des stablecoins garantit l’adossement des jetons à des actifs, renforçant la confiance du marché et réduisant la volatilité. Elle améliore la transparence et la sécurité des échanges et paiements transfrontaliers, soutient la finance décentralisée et protège les utilisateurs contre les risques systémiques.
La date limite pour la législation américaine sur les stablecoins est le 31 décembre 2026. Cette échéance a été annoncée publiquement par Lummis, même si le texte n’a pas encore été adopté par le Congrès.
La loi GENIUS instaure un cadre fédéral axé sur l’enregistrement des émetteurs étrangers, la couverture des réserves à 100 %, la capacité de gel des actifs en temps réel et des obligations anti-blanchiment renforcées. Elle se distingue par sa focalisation sur l’équivalence réglementaire et des standards opérationnels stricts pour les émetteurs majeurs.
Un retard dans la législation sur les stablecoins accentue l’incertitude réglementaire et la volatilité du marché. Les utilisateurs perdent en confiance et voient la sécurité de leurs fonds menacée, tandis que les plateformes font face à une ambiguïté de conformité. Cela entretient l’instabilité du marché et peut freiner l’adoption massive des actifs numériques.











