
Un haut responsable de la Réserve fédérale a adressé l’une des mises en garde les plus marquantes à ce jour sur les conséquences macroéconomiques du développement accéléré des stablecoins. Stephen I. Miran, gouverneur de la Fed, lors du BCVC Summit 2025 à New York, a souligné que les stablecoins indexés sur le dollar — ayant traité des milliers de milliards de paiements ces dernières années — pourraient influencer durablement les taux d’intérêt américains.
Dans son intervention intitulée « A Global Stablecoin Glut: Implications for Monetary Policy », Miran a expliqué que la forte demande mondiale pour les tokens adossés au dollar stimule l’achat de bons du Trésor et autres actifs en dollars de premier plan. Ce phénomène, selon lui, rappelle le « global savings glut » du début des années 2000 qui avait contribué à la baisse des taux à l’échelle internationale. Le marché des stablecoins a connu une expansion fulgurante, les principaux émetteurs cumulant des dizaines de milliards de dollars en titres du Trésor comme réserves.
« Les stablecoins pourraient devenir un mastodonte de plusieurs milliers de milliards pour les banques centrales », a averti Miran. « Leur essor alimente l’offre de capitaux disponibles aux États-Unis, exerçant une pression baissière sur le taux d’intérêt neutre. » Cette analyse illustre la profonde interaction désormais existante entre la cryptomonnaie — autrefois marginale — et les enjeux fondamentaux de la politique monétaire américaine. Les effets dépassent le secteur des actifs numériques et pourraient impacter aussi bien les taux hypothécaires que le coût du crédit aux entreprises.
Parallèlement, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) aborde une transition institutionnelle cruciale. Le président Donald Trump a proposé Michael Selig — cadre supérieur de la SEC connu pour son soutien aux actifs numériques — comme président et commissaire de la CFTC.
Selig, actuellement conseiller juridique principal de la Crypto Task Force de la SEC, doit se présenter à une audition de confirmation à fort enjeu devant le Sénat. Cette nomination intervient après le retrait imprévu du précédent candidat de l’administration, Brian Quintenz, ancien commissaire de la CFTC, ce qui accroît l’incertitude sur l’orientation stratégique de l’agence à court terme.
Ce changement de direction s’inscrit dans un contexte de turbulences institutionnelles. La CFTC doit définir son rôle dans la régulation des matières premières numériques et se préparer à des réformes majeures. L’audition de Selig devrait susciter une attention soutenue de la part du secteur et des décideurs. Son parcours à la SEC, en particulier ses actions dans l’application réglementaire et la rédaction de directives sur la crypto, sera au centre des questions.
En parallèle, la CFTC s’apprête à autoriser le trading de cryptomonnaies au comptant avec effet de levier sur les plateformes réglementées américaines. La présidente par intérim Caroline Pham a confirmé cette initiative sur les réseaux sociaux, annonçant un changement de politique majeur qui pourrait permettre aux investisseurs américains d’accéder directement à des produits à effet de levier de grade institutionnel.
La discussion réunit les principaux opérateurs de marché, dont CME Group, Cboe Futures Exchange, ICE Futures, ainsi que des plateformes spécialisées en dérivés crypto. Le trading avec effet de levier permet aux investisseurs d’amplifier leur exposition aux mouvements de prix des cryptos grâce à des fonds empruntés, une pratique courante sur les plateformes offshore mais encore peu disponible sur les places régulées américaines.
Pham a précisé que l’agence s’appuie sur le règlement existant pour « mettre rapidement en œuvre les recommandations » du President’s Working Group on Digital Asset Markets, alors que le Congrès débat d’un cadre législatif plus global. Si elle est finalisée, cette autorisation constituerait un tournant pour l’infrastructure du marché crypto américain, susceptible de rapatrier des milliards de volumes vers les plateformes nationales. Cependant, cette évolution pose aussi la question de la protection des investisseurs, le trading à effet de levier comportant des risques importants de pertes rapides.
Sur le plan politique, l’avocat spécialiste de la crypto John Deaton lance une nouvelle candidature au Sénat américain. Partisan de XRP, il avait déjà tenté de détrôner la sénatrice Elizabeth Warren et vise désormais le sénateur démocrate Ed Markey du Massachusetts.
Deaton, reconnu pour ses interventions judiciaires dans les grands dossiers SEC crypto dont l’affaire Ripple, présente sa campagne comme une lutte pour « des dirigeants capables d’obtenir des résultats ». Sa précédente participation, bien que non victorieuse, avait permis de placer les questions de politique crypto au premier plan du débat public dans le Massachusetts et au-delà.
Ce scrutin promet d’être un nouveau point de friction entre les défenseurs de la crypto et les opposants historiques du secteur. Markey, comme Warren, a toujours affiché une prudence vis-à-vis des actifs numériques, privilégiant la protection des consommateurs et la stabilité financière. La campagne de Deaton devrait mettre en avant l’innovation crypto comme opportunité économique, et non seulement comme enjeu réglementaire.
Un projet de loi bipartisan sur la structure des marchés, en discussion au Sénat, pourrait redéfinir la supervision des actifs numériques en confiant à la CFTC une compétence élargie sur les matières premières numériques au comptant, notamment Bitcoin et Ether. Cette initiative constitue l’une des tentatives les plus ambitieuses pour instaurer un cadre réglementaire cohérent sur les marchés crypto.
Le texte, présenté par le président de la commission de l’Agriculture John Boozman et le sénateur Cory Booker, s’appuie sur le CLARITY Act adopté par la Chambre. Il propose l’enregistrement des plateformes centralisées comme Digital Commodity Exchanges, avec des standards opérationnels définis, des exigences de conservation et des mesures de protection des consommateurs. Ce cadre instituerait des obligations de licence, de capital et de conformité continue, comparables à celles des marchés classiques de matières premières.
Pour autant, d’importantes lacunes subsistent. Les questions essentielles sur la régulation des stablecoins, des protocoles DeFi et la répartition des compétences CFTC/SEC restent ouvertes. Le projet ne précise pas quels tokens relèveraient de la CFTC ou de la SEC, laissant planer une incertitude réglementaire.
Le Sénat, divisé et confronté à des compétences qui se chevauchent sur les technologies financières, devra surmonter un parcours législatif difficile. Certains analystes estiment qu’une régulation globale du secteur nécessitera plusieurs textes ciblant différents aspects du marché plutôt qu’une loi globale unique.
La Blockchain Association, acteur majeur du secteur, a salué le projet de loi de la commission de l’Agriculture comme une étape clé vers des règles claires pour les actifs numériques. Summer Mersinger, PDG et ancienne commissaire de la CFTC, experte des marchés dérivés, estime que le texte constitue une « étape importante » vers la clarté réglementaire et souligne la dynamique bipartite enclenchée depuis l’avancée de la Chambre.
L’association insiste sur le fait que ce projet reflète une prise de conscience : les États-Unis doivent se doter d’un cadre moderne favorisant l’innovation et protégeant les consommateurs. Mersinger relève que l’orientation CFTC pour les marchés de matières premières au comptant rejoint les standards internationaux observés dans l’UE ou à Singapour.
La Blockchain Association appelle à une collaboration renforcée entre les commissions de l’Agriculture et des Banques pour élaborer un cadre fédérateur permettant aux États-Unis de se positionner en leader mondial de l’innovation crypto. La clarté réglementaire, selon l’organisation, débloquerait les investissements institutionnels, stimulerait l’emploi et renforcerait la compétitivité des entreprises américaines à l’international.
Dans un tournant réglementaire susceptible de transformer la classification des actifs numériques, le président de la SEC, Paul Atkins, a indiqué qu’il étudie la création d’une « taxonomie fédérale des tokens » pour clarifier quels actifs crypto relèvent du statut de valeurs mobilières.
Lors de la FinTech Conference de la Banque fédérale de Philadelphie, Atkins a évoqué une taxonomie basée sur le Howey Test — le précédent de la Cour suprême définissant l’investissement — mais adaptée pour donner des repères plus prévisibles aux émetteurs et investisseurs. Le Howey Test, issu d’une décision de 1946, détermine si un actif est une valeur mobilière selon qu’il implique un investissement d’argent dans une entreprise commune avec une attente de profits générés par autrui.
Ce projet marque une rupture avec la méthode de la SEC de ces dernières années, fondée surtout sur l’application des textes pour définir les tokens soumis à la législation financière, plutôt que sur des directives anticipées. Les critiques soulignent que cette « régulation par la sanction » engendre de l’incertitude et freine l’innovation, les entreprises étant contraintes de deviner si leurs tokens peuvent relever de la législation sur les valeurs mobilières.
Les propos d’Atkins traduisent une volonté accrue de collaborer avec le Congrès sur des réformes structurelles et de fournir des règles plus claires avant d’agir. Néanmoins, la mise en œuvre d’une taxonomie des tokens nécessiterait une coordination étroite avec la CFTC pour éviter les chevauchements de classification. Les acteurs du secteur accueillent prudemment l’initiative, tout en notant que son fonctionnement concret reste à préciser.
Le président Trump a promulgué la loi mettant fin à un shutdown gouvernemental de 43 jours, le plus long de l’histoire américaine. La reprise des activités pourrait relancer les initiatives réglementaires liées à la crypto, notamment celles qui dépendent du fonctionnement effectif des institutions publiques.
Pendant le shutdown, plusieurs processus réglementaires ont été suspendus ou ralentis, comme les consultations publiques sur les projets de règles, la publication de documents d’orientation, et la coordination inter-agences sur les actifs numériques. La reprise normale des opérations devrait accélérer l’examen des textes en attente à la SEC et à la CFTC.
Il est à noter que la résolution du shutdown a aussi profité aux parieurs d’une grande plateforme prédictive, dont la majorité avait anticipé la réouverture du gouvernement dans les délais. Ce résultat met en avant le rôle croissant des marchés prédictifs décentralisés dans l’anticipation des événements politiques, même si ces plateformes demeurent dans une zone réglementaire incertaine aux États-Unis.
Les stablecoins sont des cryptomonnaies rattachées à des monnaies fiduciaires ou à des actifs, permettant de maintenir une valeur stable. Leur essor s’explique par l’amélioration des cadres réglementaires mondiaux, l’adoption institutionnelle et la demande croissante de solutions de paiement numérique fiables dans l’écosystème crypto.
La CFTC régule les produits dérivés sur cryptomonnaies en vertu du droit des matières premières, veillant à la gestion des risques et à l’intégrité des marchés. Elle applique une supervision neutre et non discriminatoire aux dérivés d’actifs numériques, les traitant comme les instruments financiers classiques sans exigences additionnelles.
Le Sénat a adopté le GENIUS Act, qui instaure une régulation graduée des stablecoins avec supervision fédérale et locale. D’autres avancées incluent le Digital Asset Market Clarity Act et l’Anti-CBDC Surveillance State Act, apportant davantage de clarté aux cadres réglementaires des actifs numériques et des stablecoins.
La régulation des stablecoins est confrontée à des défis tels que la diversité des standards mondiaux, la transparence des réserves, la complexité de l’intégration bancaire et les restrictions potentielles sur les stablecoins algorithmiques. La concurrence des banques centrales et le coût de la conformité compliquent leur adoption et l’innovation dans le secteur.
Le retrait des directives par la CFTC allège la pression réglementaire sur les activités crypto, favorisant une plus grande souplesse. Cela peut toutefois engendrer une incertitude et une volatilité à court terme. Globalement, une clarification des règles sur les dérivés crypto pourrait encourager la participation institutionnelle et renforcer la maturité du marché.
Les stablecoins adossés à des monnaies fiduciaires sont soumis à des obligations strictes de réserve et de transparence, avec une couverture à 100 %. Les stablecoins adossés à des crypto-actifs exigent un contrôle strict de la sur-collatéralisation. Les stablecoins algorithmiques sont soumis à une vigilance accrue en raison des risques systémiques. Les cadres réglementaires diffèrent : Hong Kong privilégie la licence et l’audit des réserves, les États-Unis la prééminence du dollar, et l’UE une supervision harmonisée.











