
ARK Invest et Unchained ont publié conjointement un nouveau livre blanc qui réfute systématiquement la narration selon laquelle la « Journée Q (quantique) » pourrait survenir soudainement sur le marché. Le livre blanc indique que le risque de calcul quantique pour Bitcoin ne se manifestera pas sous la forme d’un événement unique, mais évoluera progressivement grâce à des avancées technologiques prévisibles. La conclusion principale du rapport est claire : Bitcoin ne fait actuellement face à aucune menace immédiate de la part du calcul quantique.

(Source : Ark Invest)
La feuille de route en cinq étapes proposée par ARK Invest et Unchained offre un cadre systématique pour suivre l’évolution de la technologie de calcul quantique, depuis ses débuts commerciaux jusqu’aux menaces cryptographiques :
Phase 0 (actuelle) : Les ordinateurs quantiques existent, mais sans application commerciale. La technologie est en « ère NISQ » — environ 100 qubits logiques, circuits de quelques centaines de portes quantiques — bien en dessous du seuil nécessaire pour casser la cryptographie elliptique (ECC) de Bitcoin, qui requiert au moins 2 330 qubits logiques et des dizaines de millions à des milliards de portes quantiques.
Phase 1 : Les systèmes quantiques sont appliqués commercialement dans des industries spécifiques comme la chimie et les matériaux, mais sans lien avec les cryptomonnaies.
Phase 2 : La technologie quantique peut casser des clés faibles ou des systèmes cryptographiques obsolètes. C’est la première menace réelle pour la cryptographie (CRQC), ciblant les systèmes les plus vulnérables, et non le ECC 256 bits de Bitcoin.
Phase 3 : La première menace sérieuse pour Bitcoin — théoriquement, le ECC peut être cassé, mais le processus reste long. Les bitcoins stockés avant 2011 via des adresses P2PK (clé publique longtemps publique) sont plus vulnérables, tandis que les adresses modernes offrent une meilleure résistance aux attaques quantiques.
Phase 4 : Point critique. La vitesse de cassage des clés privées par un ordinateur quantique dépasse le temps de bloc de 10 minutes de Bitcoin. Si aucune action n’est prise au niveau du protocole, Bitcoin pourrait faire face à une « menace grave pour son existence en tant que système monétaire utile — une menace existentielle pour le protocole lui-même ».
Le rapport révèle une constatation rassurante : le développement de la cryptographie post-quântique (PQC) est actuellement en avance sur la progression des CRQC capables de casser le cryptage de Bitcoin. Des propositions d’adresses Bitcoin sécurisées contre les attaques quantiques (comme BIP-360) existent déjà, et les parties prenantes du réseau ont un fort intérêt à déployer rapidement des mesures de protection si nécessaire.
Le rapport propose également trois scénarios possibles pour la réalisation de la menace :
Scénario pessimiste (percée soudaine) : une avancée inattendue dans la technologie quantique pourrait surprendre la communauté Bitcoin. Cependant, le rapport estime que Bitcoin pourrait survivre grâce à plusieurs propositions PQC pouvant être déployées rapidement sous pression.
Scénario optimiste (stagnation technologique) : la calcul quantique reste bloquée à cause de barrières physiques et d’ingénierie, laissant suffisamment de temps à Bitcoin pour poursuivre la recherche, tester et mettre à niveau ses systèmes.
Scénario équilibré (prévision majoritaire) : un ordinateur quantique atteignant la phase 3 dans 10 à 20 ans. Le rapport pense qu’à cette échéance, la communauté de recherche en PQC aura réalisé des avancées suffisantes pour permettre aux développeurs de Bitcoin de procéder à des mises à jour adaptatives dans le délai imparti.
L’hypothèse du « Jour Q » repose sur une avancée soudaine de la calcul quantique capable de casser tous les systèmes cryptographiques existants sans avertissement. Mais ARK Invest souligne que le progrès en calcul quantique suit des trajectoires physiques et techniques observables, avec des signaux précurseurs (comme l’augmentation du nombre de qubits et la réduction des taux d’erreur) à chaque étape, permettant au marché et aux protocoles de réagir à temps.
Le rapport estime qu’aucune action d’urgence n’est nécessaire pour le moment. La majorité des adresses Bitcoin modernes (comme P2WPKH, P2TR) disposent déjà d’une certaine résistance quantique ; le vrai risque concerne surtout les anciennes adresses P2PK créées avant 2011, dont la clé publique est longtemps restée publique. Ceux détenant des bitcoins sur ces anciennes adresses peuvent envisager de migrer vers des formats d’adresses modernes.
Les coauteurs du BIP-360 estimaient auparavant qu’une mise à niveau complète pourrait prendre environ sept ans. ARK Invest et Unchained pensent que, dans le scénario équilibré, le temps nécessaire pour qu’un ordinateur quantique atteigne le niveau technologique menaçant Bitcoin se situe entre 10 et 20 ans. Cela laisse suffisamment de marge à la communauté pour effectuer les adaptations nécessaires, à condition que la mise à jour soit lancée et menée à bien en temps voulu.