Récemment, des géants de la technologie aux entrepreneurs en blockchain, tout le monde discute d’un sujet : Web3. Mais pour la majorité, ce concept reste encore flou. Qu’est-ce que Web3 exactement ? En quoi diffère-t-il fondamentalement de l’internet que nous utilisons actuellement ? Pourquoi ce concept est-il si important ? Pour répondre à ces questions, il faut commencer par l’histoire de l’évolution de l’internet lui-même.
Pourquoi parler de Web3 maintenant ? En regardant l’évolution de l’internet en trois phases
L’internet n’est pas immuable. Depuis 1994, il a traversé trois phases de développement très différentes, chacune résolvant des problèmes distincts et apportant de nouveaux défis. Pour comprendre Web3, il faut d’abord saisir comment fonctionnaient ses deux premières versions et quels défauts elles présentaient.
Le concept de “Web3” possède une histoire intéressante. Pendant la bulle internet, Tim Berners-Lee, inventeur du protocole HTTP, a initialement proposé le concept de “Web 3.0”, désignant un cadre de communication intégré permettant aux données internet de traverser différentes applications et systèmes, rendant l’information lisible par machine. À l’époque, on l’appelait le “Web sémantique” (Semantic Web). Cependant, ce concept a été complètement redéfini en 2014.
Gavin Wood, co-fondateur d’Ethereum, a publié un article intitulé « DApp : Qu’est-ce que le Web3.0 » dans lequel il utilisait cette vieille notion pour désigner quelque chose de totalement nouveau — un internet décentralisé basé sur la technologie blockchain. Gavin Wood mettait l’accent non pas sur les actifs cryptographiques eux-mêmes, mais sur les protocoles fondamentaux comme le moteur de consensus et la cryptographie. Il résuma Web3 par une phrase célèbre : “Moins de confiance, plus de faits”. Cette idée est devenue la valeur centrale de Web3.
La première phase de l’internet : le Web1.0, un réseau statique
L’ère du Web1.0 débute en 1994 et dure jusqu’en 2004. À cette époque, l’internet se résumait à des pages HTML statiques, avec peu d’interactivité entre utilisateurs.
En réalité, l’origine de l’internet remonte encore plus loin. Dès 1968, le gouvernement américain a lancé un projet appelé “ARPANET” (Advanced Research Projects Agency Network). Ce réseau était géré par une petite équipe de contractants militaires et de professeurs d’université, échangeant des données entre eux. C’était la première esquisse de ce qui allait devenir l’internet.
Ce n’est qu’en 1994 que l’internet a été véritablement ouvert au grand public. À cette époque, les pages web n’étaient que des fichiers HTML statiques, sans interaction. Des portails comme AOL (America Online) ont émergé, ainsi que des chats privés et des forums BBS, mais dans l’ensemble, les fonctionnalités interactives et de paiement étaient très limitées.
Pizza Hut fut l’une des entreprises les plus innovantes de l’époque Web1.0. En 1995, elle a lancé une page de commande en ligne, permettant aux consommateurs de passer commande sur le site, puis de payer en espèces à la livraison. Cela paraissait simple, mais c’était une innovation audacieuse pour l’époque. Pourquoi ne pas pouvoir payer en ligne ? Parce qu’à l’époque, il n’y avait pas d’infrastructure de paiement sécurisé. La technologie de transfert ne garantissait pas la sécurité ni le chiffrement des données, ce qui constituait la plus grande limite du Web1.0.
La deuxième phase de l’internet : l’ère du Web2.0, la prospérité centralisée
Vers 2004, l’internet a connu une transformation majeure. La vitesse de connexion a augmenté, la fibre optique s’est déployée, et les moteurs de recherche sont devenus de plus en plus puissants. Plus important encore, la demande pour les réseaux sociaux, le partage de médias et le paiement en ligne a explosé. Ces besoins ont conduit à l’émergence du Web2.0.
C’est à cette période que sont nés les géants que nous connaissons aujourd’hui. Facebook, MySpace et Twitter ont offert des fonctionnalités sociales ; Napster a répondu à la demande de musique et de vidéos ; Google a résolu le problème de la recherche d’informations en masse. Ces plateformes partagent une caractéristique commune : l’interactivité. Les utilisateurs ne se contentent plus de lire passivement du contenu statique, ils peuvent publier, partager, commenter, liker. L’internet devient plus dynamique et amusant.
Parallèlement, des institutions financières comme Bank of America ont adopté de nouvelles normes de cryptage (comme le chiffrement AES 256 bits), rendant possibles les paiements en ligne. Cela a véritablement lancé l’e-commerce. En octobre 2021, le total des visites sur Google, YouTube, Facebook et Amazon atteignait 23,56 milliards, illustrant le succès du Web2.0.
Mais derrière cette prospérité se cache un problème majeur : pour utiliser ces nouvelles fonctionnalités, les utilisateurs doivent confier leurs données à ces plateformes centralisées. Facebook connaît vos amis, vos centres d’intérêt, vos habitudes d’achat ; Google sait chaque mot-clé que vous recherchez. Ces géants technologiques détiennent les données personnelles des utilisateurs et ont un contrôle absolu sur le contenu. Ce modèle fonctionne encore aujourd’hui, faisant de l’utilisateur une cible de surveillance et d’exploitation, plutôt qu’un véritable maître du réseau.
L’essor de Web3 : la blockchain redéfinit la confiance
L’année 2008 marque un tournant. Satoshi Nakamoto publie le livre blanc de Bitcoin, proposant une idée radicale : utiliser la cryptographie et le consensus pour réaliser des transactions numériques sécurisées, sans dépendre d’un intermédiaire de confiance. Dans le livre blanc, Nakamoto écrit : “Il faut une preuve cryptographique, pas la confiance, pour établir un système de paiement électronique.” Cela a lancé une révolution dans l’internet.
Mais c’est l’invention des contrats intelligents qui a véritablement permis à Web3 de sortir du domaine de l’expérimentation pour entrer dans le grand public. Un contrat intelligent est un programme qui s’exécute automatiquement sur la blockchain. Il peut réaliser une logique du type “si la condition x est remplie, alors exécuter l’action y”. Cela signifie que les deux parties à une transaction n’ont plus besoin de se faire confiance mutuellement ni de faire appel à une plateforme tierce — elles doivent simplement faire confiance au code.
Imaginez ce scénario : dans Web2.0, si vous souhaitez emprunter de l’argent, vous devez aller à la banque, qui examine votre crédit et décide si elle vous prête. Dans Web3, un contrat de prêt intelligent peut faire tout cela automatiquement, en évaluant le risque basé sur vos actifs on-chain, en exécutant le protocole de prêt, voire en procédant à la liquidation. Tout est transparent, vérifiable, sans jugement subjectif.
En résumé, Web3 est un internet décentralisé. Il reproduit l’infrastructure décentralisée du Web1.0 (les utilisateurs contrôlent leurs données et leurs actifs), tout en intégrant l’interactivité riche du Web2.0 (réseaux sociaux, paiements, jeux, etc.). Les utilisateurs peuvent réellement posséder leurs données, interagir directement avec d’autres sans intermédiaire, et toutes les transactions sont protégées par la cryptographie. C’est une toute nouvelle forme d’internet.
Les fondations technologiques de Web3 : blockchain, contrats intelligents et oracles
La décentralisation de Web3 repose sur quelques technologies clés. Comprendre ces technologies permet de saisir pourquoi Web3 est si puissant.
Blockchain : le registre décentralisé
La blockchain est la base de Web3. Imaginez un registre maintenu par des milliers d’ordinateurs à travers le monde — sans contrôle d’une entreprise ou d’un gouvernement, toutes les transactions sont transparentes et immuables. Sur cette blockchain, on peut créer, émettre et échanger des actifs numériques, ou déployer des contrats intelligents programmables. La blockchain constitue la couche de règlement de Web3, garantissant la sécurité et la transparence de toutes les transactions.
Contrats intelligents et applications décentralisées (dApps)
Les contrats intelligents sont des programmes qui s’exécutent automatiquement sur la blockchain. Lorsqu’une condition est remplie, ils s’activent. Grâce aux contrats intelligents, les développeurs peuvent créer des applications décentralisées, appelées dApps. La différence avec les applications classiques est qu’elles ne sont pas contrôlées par une entreprise, mais par le réseau blockchain lui-même. Une fois déployés, ils ne peuvent pas être arrêtés, supprimés ou modifiés (sauf si le contrat lui-même prévoit cette possibilité).
Les dApps, bien que simples en apparence, peuvent construire des systèmes complexes d’automatisation — comme des protocoles financiers pair-à-pair, des produits d’assurance basés sur les données, ou des jeux où les joueurs peuvent gagner de l’argent. Tout cela sans faire confiance à un intermédiaire.
Oracles : relier blockchain et monde réel
Un problème se pose : la blockchain est un système fermé, et les contrats intelligents ne peuvent pas accéder directement aux informations extérieures. Par exemple, un contrat d’assurance agricole doit connaître si la pluie de la saison est inférieure à 20 pouces, mais ces données sont hors de la blockchain. Les oracles sont la solution à ce problème.
Un oracle est une couche intermédiaire qui collecte des données du monde réel (capteurs, API, bases de données, etc.) et les transmet de façon sécurisée aux contrats intelligents sur la blockchain. Chainlink est le réseau d’oracles le plus connu, fournissant des données de marché pour la finance décentralisée (DeFi), générant des nombres aléatoires vérifiables pour les NFT, ou permettant des calculs hors chaîne pour l’automatisation. Les oracles étendent la capacité des contrats intelligents, permettant à Web3 d’interagir réellement avec le monde physique.
Actifs cryptographiques et l’écosystème économique de Web3
Dans Web3, l’activité économique repose sur des actifs cryptographiques. Ces actifs sont des tokens numériques, utilisant la décentralisation de la blockchain pour garantir la sécurité des transactions.
Avant l’apparition de la blockchain, le terme “token” désignait généralement un ticket ou un certificat — comme un billet de parc d’attractions ou une monnaie de jeu. Leur détenteur pouvait l’utiliser pour obtenir un service. Dans Web3, les tokens sont similaires, mais leur mode d’utilisation est totalement différent. Ce sont des actifs numériques programmables, avec des fonctionnalités bien plus riches que de simples échanges de valeur.
Les tokens peuvent représenter une participation dans un projet ou un protocole ; ils peuvent servir à payer des services ; mais surtout, en détenant des tokens, on peut participer à la gouvernance du projet. Par exemple, un détenteur de tokens de gouvernance d’un protocole DeFi peut voter pour fixer les frais, ajouter de nouvelles fonctionnalités, etc. Cela donne aux utilisateurs un vrai pouvoir de propriété, plutôt que d’être de simples consommateurs.
Le monde en mutation : DeFi, NFT et assurance
Web3 n’est pas qu’un concept technique, il commence déjà à s’appliquer dans le monde réel.
Finance décentralisée (DeFi) : briser le monopole financier
La DeFi est l’application la plus mature de Web3. Grâce à des protocoles DeFi, les particuliers peuvent emprunter, échanger, épargner directement, sans banque ni intermédiaire.
Prenons l’exemple du prêt. Dans le système bancaire traditionnel, le processus est complexe : approbation lente, barrières élevées, coûts importants. Aave est un protocole de prêt en chaîne, intégré avec Chainlink, qui protège plus de 120 milliards de dollars de valeur. Les utilisateurs peuvent déposer des actifs cryptographiques pour gagner des intérêts, ou mettre en garantie pour emprunter des stablecoins. Tout est automatisé, transparent, sans faire confiance à une institution.
La plus grande innovation de la DeFi est la “composabilité”. Les développeurs peuvent assembler différents protocoles pour créer des produits financiers plus complexes. Par exemple, combiner un protocole de prêt surcollatéralisé avec un protocole de stablecoins pour inventer de nouveaux produits. Cette modularité accélère considérablement l’innovation.
NFT et art numérique : prouver la propriété numérique
Les NFT (jetons non fongibles) offrent une preuve vérifiable de propriété pour des actifs numériques. Deux œuvres d’art numériques identiques, si leurs NFT sont différents, sont des biens distincts. C’est comme deux copies identiques d’un même livre, différenciées par leur marquage ou leur usure.
Bored Ape Yacht Club (BAYC) est un projet phare dans le domaine des NFT. Grâce à la technologie NFT, l’art numérique a acquis rareté et vérifiabilité, ce qui a fait grimper les prix. De plus, les artistes peuvent définir des clauses de royalties dans les contrats intelligents, leur permettant de toucher un pourcentage à chaque revente. Cela révolutionne le modèle commercial de l’art numérique.
Par ailleurs, les jeux blockchain comme Axie Infinity bouleversent l’industrie du jeu traditionnel. Dans ces jeux, les joueurs possèdent leurs actifs en jeu, peuvent les échanger ou les vendre, et même gagner de l’argent réel. Les joueurs ne sont plus de simples consommateurs, mais des participants et propriétaires.
Assurance paramétrique : automatiser la gestion des sinistres
L’assurance blockchain est une autre application innovante. Des projets comme Arbol ou Etherisc utilisent contrats intelligents et oracles pour offrir des produits d’assurance innovants.
Prenons l’assurance agricole. Supposons qu’une région nécessite plus de 20 pouces de pluie pour garantir une bonne récolte. Les agriculteurs craignent une sécheresse et veulent acheter une assurance. Dans le processus traditionnel, ils doivent fournir beaucoup de documents, attendre l’approbation, puis faire face à des vérifications longues.
Avec Web3, l’assurance d’Arbol est automatisée. La prime et le montant de l’indemnisation sont calculés automatiquement selon des paramètres prédéfinis, et la compensation est versée automatiquement si les données d’oracle (par exemple, Chainlink) indiquent une pluie insuffisante. Tout est transparent, rapide, sans intervention humaine.
L’avenir de Web3 : de la périphérie au mainstream
Aujourd’hui, Web3 est encore en phase de développement. Mais les acteurs sont confiants dans son avenir. Sergey Nazarov, co-fondateur de Chainlink, a récemment déclaré que les cas d’usage de Web3 couvrent déjà la DeFi, les NFT et la tokenisation de la propriété, “et ce n’est que le début. La technologie en est encore à ses débuts, mais elle va s’étendre à tous les aspects de la vie quotidienne et à tous les secteurs.”
À mesure que de plus en plus de personnes réalisent la valeur de Web3, elles abandonneront les services centralisés manquant de certitude, pour se tourner vers des solutions Web3 à confiance minimale. Les entreprises explorent aussi comment utiliser Web3 pour optimiser leurs opérations, réduire leurs coûts et augmenter la transparence.
Alors, qu’est-ce que Web3 exactement ? En résumé : Web3 est un nouvel écosystème internet basé sur la décentralisation, où l’utilisateur possède ses données et ses actifs, et où les transactions s’exécutent automatiquement via des contrats intelligents, le tout sécurisé par la cryptographie et le consensus. Il redéfinit la finance, l’art, le jeu, l’assurance, et bien d’autres secteurs.
Bien que Web3 soit encore à ses débuts, il possède ce que le Web2.0 ne pourra jamais offrir : une transparence totale, une vérifiabilité et une sécurité cryptographique. Sergey Nazarov a dit : “Web3 rattrapera progressivement Web2.0 en termes de vitesse, d’efficacité et de coût, mais il possède aussi un avantage que Web2.0 n’a pas — la sécurité cryptographique avec confiance minimale.” C’est là que réside la véritable révolution de Web3.
Certains disent que la conception initiale de l’internet était décentralisée. Quarante ans plus tard, Web3 ramène l’internet à cette origine. Dans ce processus, l’utilisateur passe du statut de consommateur passif à celui de propriétaire actif. Peut-être est-ce là le futur de l’internet.
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Qu'est-ce que le Web3 ? Comprendre la nouvelle ère de l'Internet décentralisé
Récemment, des géants de la technologie aux entrepreneurs en blockchain, tout le monde discute d’un sujet : Web3. Mais pour la majorité, ce concept reste encore flou. Qu’est-ce que Web3 exactement ? En quoi diffère-t-il fondamentalement de l’internet que nous utilisons actuellement ? Pourquoi ce concept est-il si important ? Pour répondre à ces questions, il faut commencer par l’histoire de l’évolution de l’internet lui-même.
Pourquoi parler de Web3 maintenant ? En regardant l’évolution de l’internet en trois phases
L’internet n’est pas immuable. Depuis 1994, il a traversé trois phases de développement très différentes, chacune résolvant des problèmes distincts et apportant de nouveaux défis. Pour comprendre Web3, il faut d’abord saisir comment fonctionnaient ses deux premières versions et quels défauts elles présentaient.
Le concept de “Web3” possède une histoire intéressante. Pendant la bulle internet, Tim Berners-Lee, inventeur du protocole HTTP, a initialement proposé le concept de “Web 3.0”, désignant un cadre de communication intégré permettant aux données internet de traverser différentes applications et systèmes, rendant l’information lisible par machine. À l’époque, on l’appelait le “Web sémantique” (Semantic Web). Cependant, ce concept a été complètement redéfini en 2014.
Gavin Wood, co-fondateur d’Ethereum, a publié un article intitulé « DApp : Qu’est-ce que le Web3.0 » dans lequel il utilisait cette vieille notion pour désigner quelque chose de totalement nouveau — un internet décentralisé basé sur la technologie blockchain. Gavin Wood mettait l’accent non pas sur les actifs cryptographiques eux-mêmes, mais sur les protocoles fondamentaux comme le moteur de consensus et la cryptographie. Il résuma Web3 par une phrase célèbre : “Moins de confiance, plus de faits”. Cette idée est devenue la valeur centrale de Web3.
La première phase de l’internet : le Web1.0, un réseau statique
L’ère du Web1.0 débute en 1994 et dure jusqu’en 2004. À cette époque, l’internet se résumait à des pages HTML statiques, avec peu d’interactivité entre utilisateurs.
En réalité, l’origine de l’internet remonte encore plus loin. Dès 1968, le gouvernement américain a lancé un projet appelé “ARPANET” (Advanced Research Projects Agency Network). Ce réseau était géré par une petite équipe de contractants militaires et de professeurs d’université, échangeant des données entre eux. C’était la première esquisse de ce qui allait devenir l’internet.
Ce n’est qu’en 1994 que l’internet a été véritablement ouvert au grand public. À cette époque, les pages web n’étaient que des fichiers HTML statiques, sans interaction. Des portails comme AOL (America Online) ont émergé, ainsi que des chats privés et des forums BBS, mais dans l’ensemble, les fonctionnalités interactives et de paiement étaient très limitées.
Pizza Hut fut l’une des entreprises les plus innovantes de l’époque Web1.0. En 1995, elle a lancé une page de commande en ligne, permettant aux consommateurs de passer commande sur le site, puis de payer en espèces à la livraison. Cela paraissait simple, mais c’était une innovation audacieuse pour l’époque. Pourquoi ne pas pouvoir payer en ligne ? Parce qu’à l’époque, il n’y avait pas d’infrastructure de paiement sécurisé. La technologie de transfert ne garantissait pas la sécurité ni le chiffrement des données, ce qui constituait la plus grande limite du Web1.0.
La deuxième phase de l’internet : l’ère du Web2.0, la prospérité centralisée
Vers 2004, l’internet a connu une transformation majeure. La vitesse de connexion a augmenté, la fibre optique s’est déployée, et les moteurs de recherche sont devenus de plus en plus puissants. Plus important encore, la demande pour les réseaux sociaux, le partage de médias et le paiement en ligne a explosé. Ces besoins ont conduit à l’émergence du Web2.0.
C’est à cette période que sont nés les géants que nous connaissons aujourd’hui. Facebook, MySpace et Twitter ont offert des fonctionnalités sociales ; Napster a répondu à la demande de musique et de vidéos ; Google a résolu le problème de la recherche d’informations en masse. Ces plateformes partagent une caractéristique commune : l’interactivité. Les utilisateurs ne se contentent plus de lire passivement du contenu statique, ils peuvent publier, partager, commenter, liker. L’internet devient plus dynamique et amusant.
Parallèlement, des institutions financières comme Bank of America ont adopté de nouvelles normes de cryptage (comme le chiffrement AES 256 bits), rendant possibles les paiements en ligne. Cela a véritablement lancé l’e-commerce. En octobre 2021, le total des visites sur Google, YouTube, Facebook et Amazon atteignait 23,56 milliards, illustrant le succès du Web2.0.
Mais derrière cette prospérité se cache un problème majeur : pour utiliser ces nouvelles fonctionnalités, les utilisateurs doivent confier leurs données à ces plateformes centralisées. Facebook connaît vos amis, vos centres d’intérêt, vos habitudes d’achat ; Google sait chaque mot-clé que vous recherchez. Ces géants technologiques détiennent les données personnelles des utilisateurs et ont un contrôle absolu sur le contenu. Ce modèle fonctionne encore aujourd’hui, faisant de l’utilisateur une cible de surveillance et d’exploitation, plutôt qu’un véritable maître du réseau.
L’essor de Web3 : la blockchain redéfinit la confiance
L’année 2008 marque un tournant. Satoshi Nakamoto publie le livre blanc de Bitcoin, proposant une idée radicale : utiliser la cryptographie et le consensus pour réaliser des transactions numériques sécurisées, sans dépendre d’un intermédiaire de confiance. Dans le livre blanc, Nakamoto écrit : “Il faut une preuve cryptographique, pas la confiance, pour établir un système de paiement électronique.” Cela a lancé une révolution dans l’internet.
Mais c’est l’invention des contrats intelligents qui a véritablement permis à Web3 de sortir du domaine de l’expérimentation pour entrer dans le grand public. Un contrat intelligent est un programme qui s’exécute automatiquement sur la blockchain. Il peut réaliser une logique du type “si la condition x est remplie, alors exécuter l’action y”. Cela signifie que les deux parties à une transaction n’ont plus besoin de se faire confiance mutuellement ni de faire appel à une plateforme tierce — elles doivent simplement faire confiance au code.
Imaginez ce scénario : dans Web2.0, si vous souhaitez emprunter de l’argent, vous devez aller à la banque, qui examine votre crédit et décide si elle vous prête. Dans Web3, un contrat de prêt intelligent peut faire tout cela automatiquement, en évaluant le risque basé sur vos actifs on-chain, en exécutant le protocole de prêt, voire en procédant à la liquidation. Tout est transparent, vérifiable, sans jugement subjectif.
En résumé, Web3 est un internet décentralisé. Il reproduit l’infrastructure décentralisée du Web1.0 (les utilisateurs contrôlent leurs données et leurs actifs), tout en intégrant l’interactivité riche du Web2.0 (réseaux sociaux, paiements, jeux, etc.). Les utilisateurs peuvent réellement posséder leurs données, interagir directement avec d’autres sans intermédiaire, et toutes les transactions sont protégées par la cryptographie. C’est une toute nouvelle forme d’internet.
Les fondations technologiques de Web3 : blockchain, contrats intelligents et oracles
La décentralisation de Web3 repose sur quelques technologies clés. Comprendre ces technologies permet de saisir pourquoi Web3 est si puissant.
Blockchain : le registre décentralisé
La blockchain est la base de Web3. Imaginez un registre maintenu par des milliers d’ordinateurs à travers le monde — sans contrôle d’une entreprise ou d’un gouvernement, toutes les transactions sont transparentes et immuables. Sur cette blockchain, on peut créer, émettre et échanger des actifs numériques, ou déployer des contrats intelligents programmables. La blockchain constitue la couche de règlement de Web3, garantissant la sécurité et la transparence de toutes les transactions.
Contrats intelligents et applications décentralisées (dApps)
Les contrats intelligents sont des programmes qui s’exécutent automatiquement sur la blockchain. Lorsqu’une condition est remplie, ils s’activent. Grâce aux contrats intelligents, les développeurs peuvent créer des applications décentralisées, appelées dApps. La différence avec les applications classiques est qu’elles ne sont pas contrôlées par une entreprise, mais par le réseau blockchain lui-même. Une fois déployés, ils ne peuvent pas être arrêtés, supprimés ou modifiés (sauf si le contrat lui-même prévoit cette possibilité).
Les dApps, bien que simples en apparence, peuvent construire des systèmes complexes d’automatisation — comme des protocoles financiers pair-à-pair, des produits d’assurance basés sur les données, ou des jeux où les joueurs peuvent gagner de l’argent. Tout cela sans faire confiance à un intermédiaire.
Oracles : relier blockchain et monde réel
Un problème se pose : la blockchain est un système fermé, et les contrats intelligents ne peuvent pas accéder directement aux informations extérieures. Par exemple, un contrat d’assurance agricole doit connaître si la pluie de la saison est inférieure à 20 pouces, mais ces données sont hors de la blockchain. Les oracles sont la solution à ce problème.
Un oracle est une couche intermédiaire qui collecte des données du monde réel (capteurs, API, bases de données, etc.) et les transmet de façon sécurisée aux contrats intelligents sur la blockchain. Chainlink est le réseau d’oracles le plus connu, fournissant des données de marché pour la finance décentralisée (DeFi), générant des nombres aléatoires vérifiables pour les NFT, ou permettant des calculs hors chaîne pour l’automatisation. Les oracles étendent la capacité des contrats intelligents, permettant à Web3 d’interagir réellement avec le monde physique.
Actifs cryptographiques et l’écosystème économique de Web3
Dans Web3, l’activité économique repose sur des actifs cryptographiques. Ces actifs sont des tokens numériques, utilisant la décentralisation de la blockchain pour garantir la sécurité des transactions.
Avant l’apparition de la blockchain, le terme “token” désignait généralement un ticket ou un certificat — comme un billet de parc d’attractions ou une monnaie de jeu. Leur détenteur pouvait l’utiliser pour obtenir un service. Dans Web3, les tokens sont similaires, mais leur mode d’utilisation est totalement différent. Ce sont des actifs numériques programmables, avec des fonctionnalités bien plus riches que de simples échanges de valeur.
Les tokens peuvent représenter une participation dans un projet ou un protocole ; ils peuvent servir à payer des services ; mais surtout, en détenant des tokens, on peut participer à la gouvernance du projet. Par exemple, un détenteur de tokens de gouvernance d’un protocole DeFi peut voter pour fixer les frais, ajouter de nouvelles fonctionnalités, etc. Cela donne aux utilisateurs un vrai pouvoir de propriété, plutôt que d’être de simples consommateurs.
Le monde en mutation : DeFi, NFT et assurance
Web3 n’est pas qu’un concept technique, il commence déjà à s’appliquer dans le monde réel.
Finance décentralisée (DeFi) : briser le monopole financier
La DeFi est l’application la plus mature de Web3. Grâce à des protocoles DeFi, les particuliers peuvent emprunter, échanger, épargner directement, sans banque ni intermédiaire.
Prenons l’exemple du prêt. Dans le système bancaire traditionnel, le processus est complexe : approbation lente, barrières élevées, coûts importants. Aave est un protocole de prêt en chaîne, intégré avec Chainlink, qui protège plus de 120 milliards de dollars de valeur. Les utilisateurs peuvent déposer des actifs cryptographiques pour gagner des intérêts, ou mettre en garantie pour emprunter des stablecoins. Tout est automatisé, transparent, sans faire confiance à une institution.
La plus grande innovation de la DeFi est la “composabilité”. Les développeurs peuvent assembler différents protocoles pour créer des produits financiers plus complexes. Par exemple, combiner un protocole de prêt surcollatéralisé avec un protocole de stablecoins pour inventer de nouveaux produits. Cette modularité accélère considérablement l’innovation.
NFT et art numérique : prouver la propriété numérique
Les NFT (jetons non fongibles) offrent une preuve vérifiable de propriété pour des actifs numériques. Deux œuvres d’art numériques identiques, si leurs NFT sont différents, sont des biens distincts. C’est comme deux copies identiques d’un même livre, différenciées par leur marquage ou leur usure.
Bored Ape Yacht Club (BAYC) est un projet phare dans le domaine des NFT. Grâce à la technologie NFT, l’art numérique a acquis rareté et vérifiabilité, ce qui a fait grimper les prix. De plus, les artistes peuvent définir des clauses de royalties dans les contrats intelligents, leur permettant de toucher un pourcentage à chaque revente. Cela révolutionne le modèle commercial de l’art numérique.
Par ailleurs, les jeux blockchain comme Axie Infinity bouleversent l’industrie du jeu traditionnel. Dans ces jeux, les joueurs possèdent leurs actifs en jeu, peuvent les échanger ou les vendre, et même gagner de l’argent réel. Les joueurs ne sont plus de simples consommateurs, mais des participants et propriétaires.
Assurance paramétrique : automatiser la gestion des sinistres
L’assurance blockchain est une autre application innovante. Des projets comme Arbol ou Etherisc utilisent contrats intelligents et oracles pour offrir des produits d’assurance innovants.
Prenons l’assurance agricole. Supposons qu’une région nécessite plus de 20 pouces de pluie pour garantir une bonne récolte. Les agriculteurs craignent une sécheresse et veulent acheter une assurance. Dans le processus traditionnel, ils doivent fournir beaucoup de documents, attendre l’approbation, puis faire face à des vérifications longues.
Avec Web3, l’assurance d’Arbol est automatisée. La prime et le montant de l’indemnisation sont calculés automatiquement selon des paramètres prédéfinis, et la compensation est versée automatiquement si les données d’oracle (par exemple, Chainlink) indiquent une pluie insuffisante. Tout est transparent, rapide, sans intervention humaine.
L’avenir de Web3 : de la périphérie au mainstream
Aujourd’hui, Web3 est encore en phase de développement. Mais les acteurs sont confiants dans son avenir. Sergey Nazarov, co-fondateur de Chainlink, a récemment déclaré que les cas d’usage de Web3 couvrent déjà la DeFi, les NFT et la tokenisation de la propriété, “et ce n’est que le début. La technologie en est encore à ses débuts, mais elle va s’étendre à tous les aspects de la vie quotidienne et à tous les secteurs.”
À mesure que de plus en plus de personnes réalisent la valeur de Web3, elles abandonneront les services centralisés manquant de certitude, pour se tourner vers des solutions Web3 à confiance minimale. Les entreprises explorent aussi comment utiliser Web3 pour optimiser leurs opérations, réduire leurs coûts et augmenter la transparence.
Alors, qu’est-ce que Web3 exactement ? En résumé : Web3 est un nouvel écosystème internet basé sur la décentralisation, où l’utilisateur possède ses données et ses actifs, et où les transactions s’exécutent automatiquement via des contrats intelligents, le tout sécurisé par la cryptographie et le consensus. Il redéfinit la finance, l’art, le jeu, l’assurance, et bien d’autres secteurs.
Bien que Web3 soit encore à ses débuts, il possède ce que le Web2.0 ne pourra jamais offrir : une transparence totale, une vérifiabilité et une sécurité cryptographique. Sergey Nazarov a dit : “Web3 rattrapera progressivement Web2.0 en termes de vitesse, d’efficacité et de coût, mais il possède aussi un avantage que Web2.0 n’a pas — la sécurité cryptographique avec confiance minimale.” C’est là que réside la véritable révolution de Web3.
Certains disent que la conception initiale de l’internet était décentralisée. Quarante ans plus tard, Web3 ramène l’internet à cette origine. Dans ce processus, l’utilisateur passe du statut de consommateur passif à celui de propriétaire actif. Peut-être est-ce là le futur de l’internet.