Principes et jeux à somme non nulle : pourquoi la coopération sociale façonne la civilisation

Alors que Ray Dalio réfléchit pendant la saison des fêtes, une question profonde émerge : qu’est-ce qui lie réellement les sociétés entre elles ? La réponse ne réside pas dans le succès individuel, mais dans notre compréhension commune des principes et comment ils permettent des jeux à somme non nulle—des interactions où tout le monde gagne. Ces croyances fondamentales sont plus que des abstractions morales ; ce sont les algorithmes opérationnels qui déterminent si les civilisations prospèrent par la coopération ou s’effondrent par le conflit.

L’architecture des principes : de la sagesse ancienne à la théorie moderne des jeux

Tout au long de l’histoire humaine, chaque société fonctionnelle a été confrontée au même problème fondamental : comment réduire les coûts de transaction et encourager la coopération à grande échelle ? La réponse a toujours été les principes—codifiés dans les religions, philosophies et systèmes juridiques. Qu’il s’agisse du christianisme, du confucianisme ou d’autres traditions, ces cadres partagent une similitude frappante. Ils contiennent chacun deux couches distinctes : des récits surnaturels de surface (naissance virginale, résurrection, karma) qui varient énormément selon les cultures, et des lignes directrices coopératives plus profondes qui révèlent une remarquable isomorphie.

Considérez “Aime ton prochain comme toi-même.” Dépourvu de son emballage religieux, ce principe incarne l’altruisme réciproque—un mécanisme de jeu à somme non nulle qui crée un avantage mutuel. Lorsqu’individus adoptent une approche de “donner plus que prendre”, le coût pour le donneur est généralement bien inférieur au bénéfice pour le receveur. Cette asymétrie génère une valeur positive massive : un geste coopératif coûte à une personne $10 mais apporte $100 en bénéfice, créant $110 en valeur totale qui n’existait pas auparavant. C’est précisément ainsi que les sociétés échappent à la compétition à somme nulle et entrent dans des frontières en expansion de prospérité partagée.

Mais voici l’intuition critique : ces principes ne sont pas simplement éthiques—ils sont computationnels. Ils fonctionnent comme des fonctions d’utilité qui façonnent l’architecture de la prise de décision. Ils définissent ce que nous valorisons, quels risques nous acceptons, et en fin de compte, quels jeux nous choisissons de jouer. Les traditions religieuses et philosophiques ont développé ces principes à travers des millénaires d’expérimentation, codant la sagesse évolutive sur ce qui soutient des sociétés complexes. Le problème n’est pas leur contenu mais notre déconnexion actuelle avec eux.

Redéfinir le bien et le mal : l’économie des externalités positives et négatives

Le discours moderne a réduit la moralité à un binaire pour enfants : les bonnes personnes gagnent, les mauvaises perdent. Cela rate tout le sens. Sur le plan économique, “bon” désigne tout comportement qui maximise l’utilité totale du système—produisant des externalités positives qui se répercutent. “Evil” désigne un comportement qui extrait de la valeur du collectif, créant des externalités négatives et des pertes d’efficacité.

Le caractère, donc, n’est pas une vertu abstraite—c’est du capital psychologique. Une personne intègre s’engage dans une optimisation au niveau du système plutôt qu’à l’échelle locale. Elle comprend viscéralement que ce qui bénéficie au collectif lui profite aussi davantage à long terme, grâce à des effets de réseau composés. Ce n’est pas un altruisme naïf ; c’est un intérêt personnel éclairé opérant dans un cadre à somme non nulle.

Une société d’individus de haute intégrité tend naturellement vers des améliorations de Pareto—des résultats où personne n’est pire et où certains sont mieux lotis. Comparez cela à des sociétés de faible caractère, motivées par la maximisation du seul intérêt personnel : ici, les riches pillent aux dépens des pauvres, créant une dynamique à somme négative où le bien-être total se contracte même si certains accumulent plus de richesse. La mathématique est simple : une personne prenant 1 000 $ à dix personnes crée une perte nette si le mal causé à ces dix personnes dépasse 1 000 $.

L’ironie tragique est que les religions codent explicitement cette compréhension. “Courage,” “intégrité,” “tempérance”—ce ne sont pas des valeurs culturellement spécifiques. Elles sont reconnues mondialement parce qu’elles constituent une infrastructure nécessaire au fonctionnement des sociétés. Pourtant, nous avons d’une manière ou d’une autre déformé les enseignements religieux en justifications pour le contraire : se disputer sur l’interprétation doctrinale plutôt que d’incarner les principes coopératifs en leur cœur.

L’érosion des valeurs collectives : comment l’intérêt personnel déstabilise la société

Nous vivons ce qui pourrait honnêtement être appelé un enfer moral. Pas à cause d’une force extérieure, mais parce que le consensus autour du bien et du mal—le règlement partagé de ce qui est acceptable—s’est désintégré. Le principe de remplacement est devenu crûment transparent : maximiser la richesse et le pouvoir personnels. C’est tout.

Ce changement est visible partout. Le divertissement et les médias célèbrent désormais la corruption morale comme un raccourci vers le succès. Les jeunes grandissent sans modèles éthiques convaincants, seulement avec des récits d’argent facile et de domination sociale. Les résultats ? Augmentation de la toxicomanie, de la violence et des taux de suicide, parallèlement à un creusement des inégalités. Ce ne sont pas des phénomènes séparés ; ce sont des symptômes du même effondrement sous-jacent : la perte de la pensée à somme non nulle.

Lorsque la société cesse de croire au bénéfice mutuel et commence à fonctionner uniquement comme une compétition à somme nulle, les coûts de transaction explosent. Les gens verrouillent leurs portes, embauchent des agents de sécurité, rédigent des contrats complexes, et ne font confiance à personne. Une société d’individus de haute intégrité peut fonctionner avec un minimum de charges légales parce que la confiance est intégrée. Une société où tout le monde extrait produit des systèmes de contrôle baroques—et ces systèmes deviennent de plus en plus fragiles à mesure que chaque interaction nécessite vérification et application.

Paradoxalement, même les croyants ont abandonné leurs propres principes. Prêtres, politiciens et prophètes ont historiquement instrumentalisé leurs traditions pour consolider le pouvoir ou gagner en autorité interprétative, trahissant les doctrines mêmes qu’ils prétendent protéger. Cette corruption institutionnelle a créé un vide : les gens sentent instinctivement l’hypocrisie et rejettent tout le cadre, perdant non seulement la fausse interprétation mais aussi la sagesse valable qui la sous-tend.

Reconstruire des cadres à somme non nulle : la technologie et le bénéfice mutuel comme solutions

Voici le paradoxe de la technologie : elle amplifie tout—le bon comme le mauvais. L’intelligence artificielle peut diagnostiquer des maladies ou weaponiser la surveillance. Les médias sociaux peuvent connecter des communautés ou les détruire. Le problème n’est pas l’outil ; c’est si nous l’utilisons dans un paradigme à somme non nulle ou à somme nulle.

La bonne nouvelle, c’est que nos capacités technologiques n’ont jamais été aussi puissantes. Nous disposons de la capacité computationnelle pour modéliser des systèmes complexes, de l’infrastructure de communication pour coordonner à l’échelle mondiale, et des outils économiques pour repenser les structures d’incitation. Ce qui nous manque, ce n’est pas la capacité—c’est l’accord collectif sur les principes.

Rebâtir nécessite quelque chose que Dalio appelle “spiritualité”, bien que ce terme puisse être trompeur. Il ne requiert pas la croyance en le surnaturel. Cela signifie simplement reconnaître que vous faites partie d’un système plus vaste et que l’optimiser est plus efficace que de s’optimiser soi-même à ses dépens. Un chirurgien n’extrait pas les organes sains d’un patient pour un profit rapide ; elle comprend que l’intégrité du système est la condition préalable à sa propre prospérité. Les sociétés ont besoin de la même conscience systémique.

Le chemin à suivre n’est pas un retour aux dogmes anciens, mais l’extraction de leur logique coopérative centrale et la reconstruction de règles explicitement axées sur le bénéfice mutuel. Cela implique de remodeler les incitations pour que le chemin de la plus grande recherche de soi s’aligne avec l’optimisation du système. Quand on peut s’enrichir en créant de la valeur pour les autres plutôt qu’en l’extrayant d’eux, on a conçu un jeu à somme non nulle. Quand les systèmes juridiques récompensent la coopération plutôt que la recherche de rente, quand les structures d’entreprise mesurent le succès par le bien-être des parties prenantes plutôt que par le seul cours de l’action, on a créé une logique institutionnelle à somme non nulle.

Cette reconstruction ne se fera pas par moralisation. Elle se produira lorsque suffisamment de personnes comprendront que jouer à somme nulle les uns contre les autres est irrationnel quand une valeur exponentielle peut être créée par la coopération. La levée technologique existe pour résoudre les crises systémiques—pandémie, climat, inégalités, goulets d’étranglement de l’innovation—mais seulement si nous choisissons collectivement de jouer le jeu à somme non nulle et de reconstruire les principes qui le font fonctionner.

L’ironie de cette saison des fêtes : alors que nous célébrons des traditions spirituelles nées de la sagesse sur la coopération et le bénéfice mutuel, nous vivons dans des sociétés de plus en plus organisées autour du contraire. La solution n’est pas la nostalgie du passé. C’est la reconnaissance que les principes intégrés dans nos traditions les plus anciennes sont des plans pour un avenir prospère—pas parce qu’ils sont sacrés, mais parce qu’ils sont optimaux.

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