La réglementation américaine sur la cryptographie adopte une orientation quantitative : comment la révision de la loi CLARITY renforce-t-elle les contraintes de calcul dans la gouvernance des actifs
Le Comité bancaire du Sénat américain a procédé à un vote clé et à un examen de la version révisée du « CLARITY Act », marquant une réforme fondamentale du cadre réglementaire des actifs cryptographiques aux États-Unis. Passant de l’ère des « jugements qualitatifs » basés sur la discrétion des régulateurs à une « ère des décisions quantitatives » fondée sur les caractéristiques technologiques sous-jacentes de la blockchain et des indicateurs de calcul quantitatifs, le système de régulation américain se transforme. Ce changement ne redéfinit pas seulement la reconnaissance juridique des actifs numériques, mais modifie également en profondeur les capacités de conformité requises pour les fournisseurs de services d’actifs virtuels (VASP).
Trajectoire législative du CLARITY Act : de la Chambre des représentants au Sénat, les révisions clés
Le processus législatif du « CLARITY Act » (H.R.3633) reflète clairement l’évolution de la philosophie réglementaire en matière de cryptomonnaies :
En juillet 2025, la Chambre des représentants a adopté la version initiale avec 294 voix pour et 134 contre, établissant pour la première fois à l’échelle nationale un cadre de répartition des fonctions entre la Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). En septembre 2025, le projet a été soumis au Sénat, mais a immédiatement été au centre de débats houleux sur l’impact des stablecoins sur les réserves du système bancaire traditionnel. Le 12 janvier 2026, le président du Comité bancaire du Sénat, Tim Scott, a publié une version révisée issue de négociations bipartites, renforçant notamment la responsabilité pénale des émetteurs de stablecoins et précisant la procédure de vérification technique de la « maturité de la blockchain ».
Ces révisions traduisent une logique centrale : la régulation ne s’appuie plus sur des interprétations administratives vagues, mais sur des indicateurs quantifiables et vérifiables pour déterminer la nature des actifs.
La détermination quantitative de la maturité de la blockchain : la logique de la ligne rouge de 20% de contrôle
L’article 205 du « CLARITY Act » constitue la « pierre angulaire » de l’ensemble de la législation, remplaçant le controversé « test Howey » (une norme floue de qualification de sécurité en vigueur depuis des décennies) par des indicateurs mathématiques précis.
Le texte stipule qu’un système blockchain doit obtenir la reconnaissance de « bien numérique » par la CFTC, en remplissant, au cours des 12 derniers mois, les conditions suivantes : la somme des droits de vote détenus par l’émetteur, ses affiliés et ses actionnaires conjoints ne doit pas dépasser 20 %, et aucune entité unique ne doit disposer du pouvoir de modifier unilatéralement le code du protocole de manière substantielle.
Une telle réglementation pose un défi considérable en matière d’audit pour les VASP. Lors de leur due diligence (KYA, « Know Your Asset »), ils ne peuvent plus se contenter des descriptions fournies dans le white paper, mais doivent être capables de pénétrer en profondeur dans la gouvernance. Par exemple, pour une solution Layer 2 ou une application DeFi, même si les tokens sont dispersés sur des milliers d’adresses, si l’équipe fondatrice contrôle le protocole via un mécanisme multisignature, elle pourrait être juridiquement considérée comme un « système non mature » et donc comme une sécurité plutôt qu’un bien.
De plus, la loi exige que les systèmes matures disposent d’un code source accessible au public et d’un historique de transactions intégral pouvant être vérifié indépendamment. Cela signifie que les blockchains privées manquant de transparence ou les sidechains fortement centralisées auront peu de chances d’être listées sur des plateformes d’échange conformes dans le nouveau cadre réglementaire.
La mise à niveau de l’audit des stablecoins : de l’attestation à l’examen, renforcement des responsabilités
Pour les « stablecoins de paiement autorisés », la loi établit un cadre réglementaire strict comparable à celui du secteur bancaire traditionnel. L’article 512 exige que l’émetteur de stablecoins soumette chaque mois un rapport d’audit de niveau « Examen » — une différence essentielle avec l’« Attestation » de niveau inférieur : l’Examen requiert que l’auditeur aille directement au fond des réserves (par exemple, obligations d’État, comptes en espèces), plutôt que de simplement vérifier les états financiers fournis par l’émetteur.
Plus encore, la loi introduit l’article 18 du Code pénal américain, précisant que le PDG et le directeur financier doivent confirmer personnellement la véracité des rapports d’audit mensuels. Toute dissimulation de déficit de réserves entraînera des poursuites pénales fédérales contre ces responsables. Ce mécanisme de « responsabilité individuelle » vise à remédier aux défaillances passées du marché des stablecoins, notamment les défaillances algorithmiques et la falsification des réserves.
Adaptation de la « Bank Secrecy Act » aux actifs numériques : intégration obligatoire d’outils d’analyse de la blockchain
La révision de la « Bank Secrecy Act » (BSA, codifiée à 31 U.S.C. 5312) marque la première reconnaissance légale des technologies d’analyse on-chain. Les amendements exigent que les courtiers en biens numériques et les plateformes d’échange utilisent des « outils d’analyse de la blockchain appropriés » pour surveiller et signaler les transactions suspectes (souvent désignés par SAR).
Ce changement transforme ces logiciels d’analyse de l’on-chain d’un coût opérationnel optionnel en une condition d’accès réglementaire obligatoire. Les institutions qui ne s’y conforment pas seront considérées en infraction à la BSA, ce qui pourrait leur faire perdre leur statut de conformité et leur capacité d’opérer dans le système financier.
Par ailleurs, l’article 105 de la loi garantit le droit des citoyens américains à gérer eux-mêmes leurs portefeuilles et à effectuer des transactions P2P. Cela pose un dilemme pour les régulateurs : d’un côté, ils doivent identifier l’origine illicite des fonds, mais de l’autre, ils ne peuvent pas limiter l’usage des wallets matériels. Cette contradiction oblige à faire évoluer la logique de surveillance on-chain, passant d’un simple « étiquetage d’adresses » à une « analyse topologique multi-sauts ». Les VASP doivent pouvoir suivre des flux complexes pour prouver que les fonds rechargés n’ont pas été issus d’entités sanctionnées ou de services de mixing illégaux, tout en respectant la vie privée.
La voie de la conformité pour les VASP : une infrastructure technologique essentielle
Face à ces évolutions réglementaires, les VASP doivent rapidement moderniser leur infrastructure de conformité :
D’abord, l’automatisation de la gestion des actifs. Se limiter à une vérification KYC basique ne suffit plus pour répondre aux exigences de détermination précise de la nature des actifs. Il devient urgent de développer des systèmes capables de calculer automatiquement la concentration de gouvernance, de vérifier la dispersion du contrôle du code.
Ensuite, le renforcement de la surveillance des transactions. Les méthodes traditionnelles de liste noire d’adresses ne suffisent plus face aux flux inter-chaînes complexes et aux activités de mixing. Les VASP doivent déployer des outils avancés capables d’identifier les trajectoires multi-sauts, de suivre les fonds à travers des contrats Bridge ou des DEX.
Troisièmement, la garantie de l’intégrité des enregistrements d’audit. En particulier pour les plateformes utilisant des stablecoins, il faut mettre en place une surveillance continue 24/7, scanner en temps réel les adresses clés des réserves, et alerter immédiatement en cas d’anomalies. Cela permet de combler le délai des rapports mensuels et d’offrir aux régulateurs une traçabilité complète des audits.
Conclusion
Le « CLARITY Act » ne représente pas la version finale de la régulation crypto, mais un cap pour 2026. Son message central est clair : utiliser des indicateurs quantifiables et vérifiables pour déterminer la nature des actifs, exiger des VASP une capacité de pénétration profonde dans la gouvernance, et intégrer obligatoirement des outils d’analyse de la blockchain pour la conformité. Ce passage du qualitatif au quantitatif oblige l’ensemble du secteur à repenser et à moderniser ses infrastructures technologiques pour s’adapter au nouvel ordre réglementaire basé sur la quantification.
Note : cette analyse est basée sur le projet de loi et les propositions de révision publiés avant le 14 janvier 2026. Étant donné que le texte est encore en cours d’examen, il pourrait être modifié lors du processus législatif.
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La réglementation américaine sur la cryptographie adopte une orientation quantitative : comment la révision de la loi CLARITY renforce-t-elle les contraintes de calcul dans la gouvernance des actifs
Le Comité bancaire du Sénat américain a procédé à un vote clé et à un examen de la version révisée du « CLARITY Act », marquant une réforme fondamentale du cadre réglementaire des actifs cryptographiques aux États-Unis. Passant de l’ère des « jugements qualitatifs » basés sur la discrétion des régulateurs à une « ère des décisions quantitatives » fondée sur les caractéristiques technologiques sous-jacentes de la blockchain et des indicateurs de calcul quantitatifs, le système de régulation américain se transforme. Ce changement ne redéfinit pas seulement la reconnaissance juridique des actifs numériques, mais modifie également en profondeur les capacités de conformité requises pour les fournisseurs de services d’actifs virtuels (VASP).
Trajectoire législative du CLARITY Act : de la Chambre des représentants au Sénat, les révisions clés
Le processus législatif du « CLARITY Act » (H.R.3633) reflète clairement l’évolution de la philosophie réglementaire en matière de cryptomonnaies :
En juillet 2025, la Chambre des représentants a adopté la version initiale avec 294 voix pour et 134 contre, établissant pour la première fois à l’échelle nationale un cadre de répartition des fonctions entre la Securities and Exchange Commission (SEC) et la Commodity Futures Trading Commission (CFTC). En septembre 2025, le projet a été soumis au Sénat, mais a immédiatement été au centre de débats houleux sur l’impact des stablecoins sur les réserves du système bancaire traditionnel. Le 12 janvier 2026, le président du Comité bancaire du Sénat, Tim Scott, a publié une version révisée issue de négociations bipartites, renforçant notamment la responsabilité pénale des émetteurs de stablecoins et précisant la procédure de vérification technique de la « maturité de la blockchain ».
Ces révisions traduisent une logique centrale : la régulation ne s’appuie plus sur des interprétations administratives vagues, mais sur des indicateurs quantifiables et vérifiables pour déterminer la nature des actifs.
La détermination quantitative de la maturité de la blockchain : la logique de la ligne rouge de 20% de contrôle
L’article 205 du « CLARITY Act » constitue la « pierre angulaire » de l’ensemble de la législation, remplaçant le controversé « test Howey » (une norme floue de qualification de sécurité en vigueur depuis des décennies) par des indicateurs mathématiques précis.
Le texte stipule qu’un système blockchain doit obtenir la reconnaissance de « bien numérique » par la CFTC, en remplissant, au cours des 12 derniers mois, les conditions suivantes : la somme des droits de vote détenus par l’émetteur, ses affiliés et ses actionnaires conjoints ne doit pas dépasser 20 %, et aucune entité unique ne doit disposer du pouvoir de modifier unilatéralement le code du protocole de manière substantielle.
Une telle réglementation pose un défi considérable en matière d’audit pour les VASP. Lors de leur due diligence (KYA, « Know Your Asset »), ils ne peuvent plus se contenter des descriptions fournies dans le white paper, mais doivent être capables de pénétrer en profondeur dans la gouvernance. Par exemple, pour une solution Layer 2 ou une application DeFi, même si les tokens sont dispersés sur des milliers d’adresses, si l’équipe fondatrice contrôle le protocole via un mécanisme multisignature, elle pourrait être juridiquement considérée comme un « système non mature » et donc comme une sécurité plutôt qu’un bien.
De plus, la loi exige que les systèmes matures disposent d’un code source accessible au public et d’un historique de transactions intégral pouvant être vérifié indépendamment. Cela signifie que les blockchains privées manquant de transparence ou les sidechains fortement centralisées auront peu de chances d’être listées sur des plateformes d’échange conformes dans le nouveau cadre réglementaire.
La mise à niveau de l’audit des stablecoins : de l’attestation à l’examen, renforcement des responsabilités
Pour les « stablecoins de paiement autorisés », la loi établit un cadre réglementaire strict comparable à celui du secteur bancaire traditionnel. L’article 512 exige que l’émetteur de stablecoins soumette chaque mois un rapport d’audit de niveau « Examen » — une différence essentielle avec l’« Attestation » de niveau inférieur : l’Examen requiert que l’auditeur aille directement au fond des réserves (par exemple, obligations d’État, comptes en espèces), plutôt que de simplement vérifier les états financiers fournis par l’émetteur.
Plus encore, la loi introduit l’article 18 du Code pénal américain, précisant que le PDG et le directeur financier doivent confirmer personnellement la véracité des rapports d’audit mensuels. Toute dissimulation de déficit de réserves entraînera des poursuites pénales fédérales contre ces responsables. Ce mécanisme de « responsabilité individuelle » vise à remédier aux défaillances passées du marché des stablecoins, notamment les défaillances algorithmiques et la falsification des réserves.
Adaptation de la « Bank Secrecy Act » aux actifs numériques : intégration obligatoire d’outils d’analyse de la blockchain
La révision de la « Bank Secrecy Act » (BSA, codifiée à 31 U.S.C. 5312) marque la première reconnaissance légale des technologies d’analyse on-chain. Les amendements exigent que les courtiers en biens numériques et les plateformes d’échange utilisent des « outils d’analyse de la blockchain appropriés » pour surveiller et signaler les transactions suspectes (souvent désignés par SAR).
Ce changement transforme ces logiciels d’analyse de l’on-chain d’un coût opérationnel optionnel en une condition d’accès réglementaire obligatoire. Les institutions qui ne s’y conforment pas seront considérées en infraction à la BSA, ce qui pourrait leur faire perdre leur statut de conformité et leur capacité d’opérer dans le système financier.
Par ailleurs, l’article 105 de la loi garantit le droit des citoyens américains à gérer eux-mêmes leurs portefeuilles et à effectuer des transactions P2P. Cela pose un dilemme pour les régulateurs : d’un côté, ils doivent identifier l’origine illicite des fonds, mais de l’autre, ils ne peuvent pas limiter l’usage des wallets matériels. Cette contradiction oblige à faire évoluer la logique de surveillance on-chain, passant d’un simple « étiquetage d’adresses » à une « analyse topologique multi-sauts ». Les VASP doivent pouvoir suivre des flux complexes pour prouver que les fonds rechargés n’ont pas été issus d’entités sanctionnées ou de services de mixing illégaux, tout en respectant la vie privée.
La voie de la conformité pour les VASP : une infrastructure technologique essentielle
Face à ces évolutions réglementaires, les VASP doivent rapidement moderniser leur infrastructure de conformité :
D’abord, l’automatisation de la gestion des actifs. Se limiter à une vérification KYC basique ne suffit plus pour répondre aux exigences de détermination précise de la nature des actifs. Il devient urgent de développer des systèmes capables de calculer automatiquement la concentration de gouvernance, de vérifier la dispersion du contrôle du code.
Ensuite, le renforcement de la surveillance des transactions. Les méthodes traditionnelles de liste noire d’adresses ne suffisent plus face aux flux inter-chaînes complexes et aux activités de mixing. Les VASP doivent déployer des outils avancés capables d’identifier les trajectoires multi-sauts, de suivre les fonds à travers des contrats Bridge ou des DEX.
Troisièmement, la garantie de l’intégrité des enregistrements d’audit. En particulier pour les plateformes utilisant des stablecoins, il faut mettre en place une surveillance continue 24/7, scanner en temps réel les adresses clés des réserves, et alerter immédiatement en cas d’anomalies. Cela permet de combler le délai des rapports mensuels et d’offrir aux régulateurs une traçabilité complète des audits.
Conclusion
Le « CLARITY Act » ne représente pas la version finale de la régulation crypto, mais un cap pour 2026. Son message central est clair : utiliser des indicateurs quantifiables et vérifiables pour déterminer la nature des actifs, exiger des VASP une capacité de pénétration profonde dans la gouvernance, et intégrer obligatoirement des outils d’analyse de la blockchain pour la conformité. Ce passage du qualitatif au quantitatif oblige l’ensemble du secteur à repenser et à moderniser ses infrastructures technologiques pour s’adapter au nouvel ordre réglementaire basé sur la quantification.
Note : cette analyse est basée sur le projet de loi et les propositions de révision publiés avant le 14 janvier 2026. Étant donné que le texte est encore en cours d’examen, il pourrait être modifié lors du processus législatif.