
Le très attendu « Grand Theft Auto 6 » (GTA 6) voit sa date de sortie encore repoussée, mais Elon Musk a récemment exprimé son accord avec une prévision surprenante : l’IA pourra dans quelques minutes générer GTA6. Cette prédiction provient de Guillermo Rauch, PDG de la société d’IA Vercel, qui plaisante en disant qu’avant la sortie de GTA6, il y a une chance que l’IA permette de générer en quelques minutes son propre GTA6. Musk a rapidement exprimé son soutien à cette idée.
Le PDG d’Epic Games, Tim Sweeney, qui soutient également la génération d’IA, a répondu à cette prévision en disant que l’IA actuelle possède déjà des fonctionnalités de « génération d’images à partir de texte » et de « vidéos à partir de texte », donc « la génération de GTA à partir de texte » serait une étape logique suivante. Ce discours n’est pas totalement utopique : des outils comme Sora ou Runway pour la création vidéo par IA peuvent déjà produire des vidéos de plusieurs minutes de haute qualité, et des générateurs d’images comme Midjourney ou DALL-E atteignent un niveau de réalisme convaincant.
Musk va plus loin en prédisant qu’à l’avenir, les joueurs n’auront même plus besoin de donner de prompts, car l’IA pourra automatiquement comprendre et générer le contenu de jeu préféré de chaque utilisateur. Cette vision est plus radicale que la simple « génération de jeux à partir de texte », car elle implique que l’IA non seulement comprend les instructions, mais apprend aussi activement les préférences des utilisateurs et fait des prédictions. Si cette technologie se réalise, elle pourrait bouleverser le modèle économique de l’industrie du jeu : les joueurs n’achèteraient plus de jeux fixes, mais s’abonneraient à des services d’IA, et chaque session offrirait un contenu personnalisé.
Du point de vue de la faisabilité technique, cette prévision n’est pas totalement irréaliste. La vitesse de développement des modèles d’IA est effectivement impressionnante : GPT d’OpenAI, Gemini de Google, Claude d’Anthropic évoluent rapidement. Si cette tendance continue, il n’est pas impossible qu’en quelques années, des IA capables de générer des jeux complets voient le jour. Cependant, le délai de « quelques minutes » reste très ambitieux : même les chercheurs les plus optimistes estiment qu’il pourrait falloir 5 à 10 ans pour atteindre ce niveau.
Autoproclamé passionné de jeux, Musk, qui aurait demandé à des tiers de jouer à « Path of Exile 2 », a déclaré fin 2022 que sa société xAI lancerait d’ici la fin de l’année un jeu généré par IA impressionnant, et que le chatbot Grok 5 défierait la meilleure équipe de « League of Legends » (LoL), T1, en Corée du Sud, qui a accepté le défi.
Ce genre d’annonce est typique de Musk : ambitieux et polémique. Fondée en 2023, xAI produit principalement le chatbot Grok. Passant du chatbot à l’IA de génération de jeux, puis à une IA capable de défier des équipes professionnelles d’e-sport, cela représente un saut technologique énorme. Si Grok 5 pouvait réellement battre T1 dans « League of Legends », cela marquerait une avancée révolutionnaire pour l’IA dans le jeu.
Mais, même si Musk fait souvent des prévisions audacieuses, ses prédictions ont souvent été trop optimistes : en 2011, il promettait d’envoyer l’humanité sur Mars en dix ans, mais ce délai est dépassé de cinq ans. Des exemples similaires concernent la conduite autonome, le calendrier des essais humains de Neuralink, ou encore les objectifs de production de Tesla, qui ont tous connu de lourdes retards.
Ainsi, le marché reste prudent quant à la capacité de xAI à sortir un jeu de haute qualité en seulement 11 mois. Le développement d’un jeu est une tâche extrêmement complexe : rendu graphique, moteur physique, comportement de l’IA, conception des niveaux, scénario, effets sonores, musique… Même si l’IA peut aider à générer certains éléments, leur intégration pour créer un jeu complet et captivant demande encore beaucoup de travail humain.
Ces prévisions de Musk ressemblent davantage à une opération de communication pour faire parler de xAI. En fixant des objectifs et des délais ambitieux, il cherche à attirer l’attention des médias et à susciter l’attente du marché. Même si tout n’est pas réalisé, cela contribue à renforcer la notoriété de la marque. Pour les joueurs intéressés par GTA6 et l’IA, il est plus sage de garder une attitude rationnelle plutôt que de croire aveuglément à ces promesses.
Contrairement aux prévisions optimistes des géants de l’IA, Strauss Zelnick, PDG de Take Two, la maison mère de Rockstar (développeur de GTA6), a adopté une approche plus réaliste. Lors d’une interview sur CNBC, il a indiqué que l’industrie du jeu vidéo a toujours été à la pointe de l’innovation avec l’IA, utilisant déjà des outils numériques pour la génération procédurale et l’aide au développement.
Il a précisé que Take Two exploite effectivement l’IA pour améliorer l’efficacité de ses processus, mais que cette amélioration ne vise pas à réduire les effectifs. Il s’agit plutôt d’automatiser les tâches fastidieuses et répétitives, afin que les développeurs puissent se concentrer sur des aspects plus créatifs et innovants. Cette approche pragmatique correspond mieux aux capacités actuelles de l’IA.
Lors d’un entretien, le journaliste de CNBC a demandé si, à l’avenir, il serait possible pour n’importe qui de créer un jeu comme GTA6 avec l’IA. Zelnick a répondu que, même si à long terme cela pourrait devenir possible, la barrière principale ne réside pas uniquement dans la puissance graphique. Il a expliqué que pour générer une image comparable à un produit de divertissement professionnel, c’est faisable aujourd’hui. Mais pour assembler tous les éléments, créer un jeu qui rencontre un succès commercial massif, il faut aussi du marketing, de la distribution, et une équipe de talents de haut niveau. En somme, produire un jeu à succès ne se limite pas à la génération automatique de contenu.
Position de l’IA : outil pour augmenter l’efficacité, pas source de créativité
Application : automatiser tâches répétitives, libérer les créateurs
Barrière commerciale : plus que l’aspect graphique, c’est la créativité, le marketing, la distribution et le talent qui font la différence
Incapacité à remplacer l’humain : un hit commercial nécessite la créativité et le sens des affaires humains
Le directeur de « Kingdom Come : Deliverance 2 », Daniel Vávra, a souligné que l’utilisation de l’IA dans l’industrie est une tendance, mais que ses applications diffèrent de celles des entreprises technologiques non spécialisées dans le jeu. Par exemple, Adam Smith, scénariste en chef chez Larian Studios (connu pour « Baldur’s Gate »), a expliqué que leur test d’IA pour générer des textes était de très mauvaise qualité. Ils ont donc décidé que l’IA ne servirait qu’à automatiser la correction de bugs et les tests, et non à remplacer les scénaristes.
Ce retour d’expérience de développeurs de première ligne est précieux. Ils ont testé l’IA dans le contexte du développement de jeux et constatent que les scripts générés manquent souvent d’émotion, de cohérence logique ou de sensibilité culturelle. Un bon scénario de jeu doit comprendre la psychologie humaine, créer des conflits, instaurer une ambiance. Ces aspects sont encore faibles pour l’IA. C’est pourquoi les scénaristes professionnels préfèrent réserver l’IA à des tâches mécaniques, tout en conservant la créativité pour l’humain.
Dan Houser, cofondateur de la série GTA, met en garde contre une dépendance excessive à l’IA entraînée sur du contenu généré en ligne : cela pourrait entraîner un cercle vicieux où l’IA s’alimente d’elle-même, dégradant la qualité et la diversité des contenus. Ce problème, appelé « boucle de l’IA qui s’entraîne sur l’IA », menace la qualité des productions futures. La prolifération de contenus IA sur Internet risque de polluer les données d’entraînement, rendant l’IA de plus en plus incapable de produire du contenu original et de qualité.
Ces voix de développeurs soulignent que la véritable valeur de l’IA réside dans sa capacité à libérer la créativité humaine, et non à la remplacer totalement. La différence entre Musk et les studios de jeux reflète deux visions opposées : d’un côté, la promesse d’une technologie infinie, de l’autre, la nécessité de préserver la créativité humaine. Pour les joueurs de GTA6, il faut donc continuer à attendre que Rockstar peaufine son jeu, tout en restant lucides sur le futur de l’IA dans le jeu vidéo.