L’or a connu un rebond remarquable depuis ses creux de fin mars. D’un point de vue technique, les prix ont bondi de 18 %, se rapprochant progressivement de la borne supérieure d’un canal baissier. Pourtant, sous cette envolée, une série de contradictions structurelles s’accumulent discrètement.
Un rebond et trois risques sous-jacents
Au 17 avril 2026, selon les données du marché Gate, l’or s’échange à 4 777,74 $, en baisse de 23,79 $ sur la journée, soit un recul de 0,50 %. L’argent s’établit à 78,19 $, en baisse de 1,29 $, soit une chute de 1,63 %. Côté or tokenisé, le Tether Gold (XAUT) s’affiche à 4 760,1 $, en baisse de 0,75 % ; le PAX Gold (PAXG) à 4 762,8 $, en recul de 0,95 %. Le secteur des métaux précieux connaît globalement une phase de repli.
En revenant au 23 mars, l’or a rebondi après avoir atteint un plancher à 4 097 $, enregistrant une progression cumulée de 18 %. Cette envolée a été alimentée par un affaiblissement de la confiance dans les actifs libellés en dollars et par une incertitude géopolitique accrue, favorisant les achats de couverture. Cependant, depuis le 24 mars, trois fragilités structurelles sont apparues au cours du rebond : la contraction persistante des volumes d’échange, la rupture du ratio or/argent, et une forte augmentation des positions vendeuses sur le marché des options du plus grand ETF aurifère mondial.
D’un sommet à un rebond technique dans le canal
Après avoir atteint un sommet historique autour de 5 600 $ le 29 janvier 2026, l’or a évolué dans un canal baissier. Ce pic coïncidait avec un moment particulier où la capitalisation totale de l’or (environ 38 200 milliards de dollars) égalait l’encours de la dette publique américaine, dans un contexte de spéculation extrême. Par la suite, l’or a connu une phase de deleveraging marquée, retombant à un creux de 4 097 $ le 23 mars, testant en profondeur la borne inférieure de son canal.
Le rebond observé depuis le 24 mars est avant tout d’ordre technique. Les prix sont remontés des plus bas jusqu’à la zone des 4 800 $, soit une hausse d’environ 18 %. Fait crucial, ce mouvement haussier dure depuis près de quatre semaines mais n’est pas parvenu à franchir la borne supérieure du canal, actuellement proche de 5 155 $. Lors des dernières séances, les cours ont évolué dans une fourchette étroite entre 4 751 $ et 4 953 $, traduisant un affrontement croissant entre acheteurs et vendeurs à ce seuil critique.
Contradictions structurelles : trois dimensions
Divergence des volumes : la contraction des échanges fragilise le rebond
Il s’agit de la contradiction la plus fondamentale du rebond actuel. Les données montrent qu’entre le 24 mars et le 16 avril, la majorité des chandeliers haussiers quotidiens se sont accompagnés d’une baisse des volumes d’échange. Lors de la dernière séance complète, seulement 159 110 contrats environ ont été échangés. Selon la logique technique de base, un rebond authentique porté par de nouveaux capitaux doit s’accompagner d’une hausse des volumes en parallèle de la progression des prix : à l’approche des résistances, l’augmentation des volumes traduit une absorption active de la pression vendeuse. Le schéma actuel de hausse des prix sur fond de volumes en baisse est généralement interprété comme un manque de soutien durable en capitaux pour la hausse.
Le rapport du World Gold Council du 14 avril souligne qu’en mars 2026, le volume quotidien moyen des contrats à terme sur l’or en Chine a reculé de 12 % sur un mois, à 443 tonnes, en raison d’une volatilité des prix plus faible et d’une performance de marché atone. À l’échelle mondiale, le ralentissement de l’activité d’échange fait écho à la divergence observée sur les volumes actuels.
Rupture du ratio or/argent : l’argent détourne les flux de couverture
Le ratio or/argent mesure le nombre d’onces d’argent nécessaires pour acheter une once d’or. Au moment de l’analyse, ce ratio est tombé à 59,95, passant sous le seuil de retracement de Fibonacci 0,618 à 60,58. Sur le graphique journalier, le ratio dessine une figure en « tasse inversée avec anse ».
Depuis le début de l’année, le ratio or/argent s’est inscrit dans une tendance baissière, passant désormais sous le support clé de 60,58. Un ratio en baisse signifie que l’argent surperforme l’or. Ce phénomène intervient généralement lorsque l’appétit pour le risque progresse et que la demande de couverture pure s’atténue : les investisseurs acceptent alors davantage d’exposer leur portefeuille à l’argent, plus lié aux cycles industriels, tandis que l’attrait de l’or en tant que valeur refuge s’amenuise. Si la baisse du ratio se poursuit, les seuils de 58,43 puis 55,69 constituent les prochains objectifs baissiers. Même en cas de rebond technique, il pourrait ne s’agir que de la formation de « l’anse » de la figure inversée, rendant difficile une inversion durable de la surperformance de l’argent. Pour que l’or reprenne l’avantage, le ratio devrait repasser au-dessus de 65,47.
Alerte sur le marché des options : accumulation de positions vendeuses pendant le rebond
Le SPDR Gold Trust (GLD), plus grand ETF aurifère au monde, offre une fenêtre sur le sentiment institutionnel via la position ouverte sur les options.
Le 1er avril, le ratio volume de trading put/call des options GLD s’établissait à 0,32, reflétant un biais haussier. Au 15 avril, ce ratio avait grimpé à 0,70 : l’activité sur les options baissières a plus que doublé alors que le prix de l’or poursuivait sa hausse. À noter, le ratio d’intérêt ouvert est resté stable autour de 0,55, ce qui suggère que de nouvelles positions vendeuses sont initiées tandis que les positions haussières existantes restent largement inchangées.
Tableau : Ratio put/call à l’échéance des options GLD et sentiment de marché
| Date d’échéance | Intérêt ouvert call | Intérêt ouvert put | Ratio put/call | Biais de sentiment |
|---|---|---|---|---|
| 2026-04-17 | 437 697 | 286 568 | 0,655 | Neutre à défensif |
| 2026-05-01 | 127 898 | 20 538 | 0,161 | Fortement haussier |
| 2026-05-15 | 462 455 | 219 657 | 0,475 | Biais haussier |
| 2026-06-18 | 538 526 | 319 901 | 0,594 | Neutre |
| 2026-07-17 | 88 143 | 157 695 | 1,789 | Fortement baissier |
Source : Données agrégées WhaleQuant GLD Options Chain
Le ratio put/call a doublé, passant de 0,32 à 0,70 en deux semaines, avec une hausse marquée de l’activité sur les options baissières. Ce changement suggère que certains opérateurs profitent du rebond de l’or pour constituer des positions vendeuses : ils doutent donc de la pérennité du mouvement actuel. La combinaison d’un ratio d’intérêt ouvert stable et d’un ratio de volume de trading en hausse indique que le marché « ajoute des paris baissiers » plutôt que de « réduire l’exposition haussière ». Si cette structure coïncide avec un échec du franchissement des résistances, cela pourrait déclencher une vague de pression vendeuse plus importante.
Narratifs de marché divergents : le cœur du débat haussier/baissier
Le discours autour de l’or se polarise de plus en plus.
Certains considèrent ce rebond comme une « correction saine » au sein d’un marché haussier de fond. Les partisans de la hausse avancent que les achats d’or par les banques centrales mondiales devraient rester à 700–800 tonnes en 2026 ; que l’allocation institutionnelle à l’or demeure historiquement faible, laissant une marge de progression ; et que la monétisation persistante des déficits budgétaires, conjuguée à la fragilité structurelle du système de crédit du dollar, offre un soutien de fond à l’or.
La contraction des volumes constitue l’avertissement le plus direct. Les baissiers estiment qu’une hausse des prix sur fond de volumes en baisse est une divergence technique classique : si l’or ne parvient pas à franchir la résistance du canal à 5 155 $ avec des volumes croissants, le rebond risque de s’essouffler. Par ailleurs, les analystes métaux précieux d’Heraeus ont souligné dans leur rapport du 16 avril que l’or et l’argent ont affiché en mars des signaux baissiers préoccupants. Un avalement baissier sur le graphique mensuel n’était plus apparu depuis avril 2022, après quoi l’or avait connu six mois de repli, passant de 2 000 $ à 1 600 $ l’once. Les analystes estiment que la correction actuelle pourrait être absorbée par la tendance haussière de fond, mais que la reprise pourrait prendre plusieurs mois.
L’or se trouve dans une « impasse haussier/baissier » : l’atténuation des risques géopolitiques et la persistance de l’inflation exercent une double pression sur les prix, mais le support technique est proche, limitant le potentiel de baisse. En conséquence, la volatilité devrait rester marquée à court terme, sans orientation claire.
Projection d’impact sectoriel : double cartographie des métaux précieux et des actifs on-chain
Rotation structurelle sur le marché des métaux précieux
Si la divergence des volumes s’avère un signal pertinent, l’or pourrait être confronté à deux pressions : d’une part, le risque de retester la borne inférieure du canal en cas d’échec du rebond ; d’autre part, un déplacement accru de l’attention du marché vers l’argent. La baisse continue du ratio or/argent reflète en effet une rotation structurelle au sein du secteur des métaux précieux : lorsque les perspectives de demande industrielle s’améliorent, l’argent tend à se montrer plus résilient que l’or.
Mécanisme de transmission pour l’or tokenisé
L’or tokenisé (XAUT/PAXG), en tant qu’actif on-chain, est indexé sur le prix spot de l’or. La volatilité des marchés traditionnels se transmet aux prix on-chain via les mécanismes de cotation. Toutefois, l’or tokenisé offre une cotation 24/7, ce qui, lors de périodes d’événements géopolitiques concentrés ou lorsque les marchés traditionnels sont fermés, peut amplifier sa fonction de découverte des prix. Par exemple, lors de l’escalade des tensions au Moyen-Orient entre fin février et début mars, les volumes d’échange sur l’or tokenisé ont fortement augmenté, et de grandes adresses « baleines » ont déplacé des capitaux significatifs, illustrant le rôle du marché crypto comme « faiseur de prix avancé » dans les dynamiques de couverture.
Conclusion
Le rebond de 18 % de l’or depuis les creux de mars est impressionnant sur le plan des prix, mais des contradictions structurelles sont apparues au niveau des volumes d’échange, des comparaisons inter-actifs et des marchés dérivés. La divergence des volumes traduit un manque de participation en capitaux ; la rupture du ratio or/argent indique un redéploiement des flux de couverture ; et le doublement des ratios baissiers sur les options GLD reflète l’accumulation de positions vendeuses pendant le rebond. La convergence de ces trois signaux rend la solidité du rebond actuel sujette à vigilance. Le point clé reste la bataille autour des 5 155 $ : la capacité de l’or à franchir ce seuil avec des volumes en hausse déterminera si la dynamique haussière se prolonge ou s’essouffle. Dans un contexte de narratifs fondamentaux solides, la tension entre corrections techniques à court terme et tendances structurelles de long terme constituera la contradiction centrale du marché aurifère dans la période à venir.


