Réduction du bilan et attentes de baisse des taux : quelles perspectives pour les rendements des bons du Trésor américain et le Bitcoin ?

Marchés
Mis à jour: 2026-04-24 06:32

Le 21 avril (heure de l’Est), Kevin Walsh, candidat désigné à la présidence de la Réserve fédérale, a participé à l’audition de confirmation devant la commission bancaire du Sénat, exposant pour la première fois de manière systématique sa position en matière de politique monétaire. Cette audition de deux heures a suscité une attention soutenue des marchés financiers mondiaux en raison de la proposition de Walsh d’une approche à double volet : « réduction du bilan et baisse des taux ». Au cours de l’audition, Walsh a clairement indiqué que le bilan de la Fed devait être significativement réduit, tout en plaidant en faveur d’une diminution des taux d’intérêt pour soutenir l’économie réelle.

Principales étapes du parcours, de la nomination à l’audition

L’évolution de la position de Walsh en matière de politique monétaire mérite à elle seule l’attention. Au début de sa carrière, il était largement considéré comme un « faucon » en matière de politique monétaire, souvent critique à l’égard des opérations massives sur le bilan de la Fed. Toutefois, au moment de sa nomination par le président Trump, sa position a nettement évolué : d’une posture traditionnellement stricte, il en est venu à soutenir, voire à préconiser, des baisses de taux, tout en maintenant la logique selon laquelle la réduction du bilan crée un espace pour l’assouplissement.

Chronologie clé :

  • Janvier 2026 : Walsh est nommé par le président Trump comme prochain candidat à la présidence de la Fed.
  • 20 avril 2026 (avant l’audition) : Les anticipations de marché pour des baisses de taux de la Fed en 2026 s’établissent à seulement 0,4, reflétant une attitude globalement prudente.
  • 21 avril 2026 : La commission bancaire du Sénat tient l’audition de confirmation, lors de laquelle Walsh expose pour la première fois de façon systématique ses vues sur la politique monétaire.
  • 21 avril 2026 (en séance) : Les actions américaines reculent ; les rendements des bons du Trésor à 10 ans montent à 4,3 %.
  • 22 avril 2026 (après l’audition) : Selon les données « FedWatch » du CME, la probabilité que la Fed maintienne ses taux en avril est de 100 %, tandis que la probabilité d’une baisse cumulative de 25 points de base d’ici juin n’est que de 1,7 %.
  • 24 avril 2026 : Les dernières données du CME indiquent une probabilité de 99 % d’absence de changement de taux en avril, la probabilité d’une baisse en juin progressant à 2,6 %.
  • 28–29 avril 2026 : Réunion du FOMC sur la politique monétaire.
  • 15 mai 2026 : Fin officielle du mandat de Powell.

La tension contradictoire d’une politique duale

La stratégie de Walsh, « réduction du bilan et baisse des taux », semble cohérente en apparence, mais elle recèle des contradictions profondes : le resserrement quantitatif retire de la liquidité du système financier et fait monter les taux longs, tandis que la baisse des taux vise à réduire les taux courts pour stimuler l’économie réelle. Ces mesures agissent dans des directions opposées, générant des forces croisées complexes sur les prix des actifs.

Bilan de la Fed et liquidité de marché

Actuellement, le bilan de la Fed s’élève à environ 6 700 milliards de dollars. Walsh préconise une réduction significative. Sa logique centrale : un bilan surdimensionné profite de manière disproportionnée à Wall Street et maintient les taux courts à des niveaux élevés, alors que le réduire contribuerait à abaisser les taux et à améliorer l’inflation.

Le tableau suivant compare l’impact sur les marchés lors de différents cycles de réduction du bilan de la Fed :

Cycle de réduction du bilan Période Performance du BTC Fourchette du rendement à 10 ans
Resserrement quantitatif 2017–2019 Oct. 2017 – Sep. 2019 Après un marché haussier en 2017, le BTC a connu une forte correction en 2018 2,0 % à 3,2 %
Après QT en 2019 Sep. 2019 – Fév. 2020 Baisse puis rebond ; le BTC est passé d’environ 7 500 $ à 10 000 $ 1,5 % à 1,9 %
Resserrement quantitatif 2022 Juin 2022 – présent Le BTC a chuté de 30 000 $ à 15 500 $ (fin 2022) 2,8 % à 4,2 %

Les données historiques montrent que les crypto-actifs subissent généralement une pression de contraction de liquidité lors des périodes de réduction du bilan. Après la fin du QT fin 2019, le BTC a rebondi autour de 10 000 $ entre décembre 2019 et février 2020, confirmant l’effet restrictif du QT sur les actifs à risque. En 2022, la combinaison de hausses agressives des taux de la Fed et du QT a entraîné une baisse d’environ 65 % du BTC.

Rendements obligataires et crypto-actifs

La réaction des rendements du Trésor le jour de l’audition est notable : le rendement à 10 ans a grimpé à 4,3 %. Plus tôt, fin mars 2026, le rendement à 10 ans avait frôlé un sommet annuel à 4,5 %, tandis que le Bitcoin passait sous la barre des 68 000 $.

La hausse des rendements du Trésor accroît le coût d’opportunité de la détention d’actifs non productifs de revenus comme le Bitcoin, tandis que le durcissement des conditions financières pèse sur l’appétit pour le risque. Il convient toutefois de distinguer deux scénarios : si la hausse des rendements est liée aux anticipations de croissance économique, actions et cryptos ont tendance à progresser de concert. Mais si la hausse résulte de ventes d’obligations par la banque centrale, poussant les taux réels à la hausse (comme dans le scénario de QT de Walsh), cela constitue un frein pour les actifs à risque.

Baisse des taux et appétit pour le risque

Les baisses de taux ont également un effet ambivalent sur les crypto-actifs. En théorie, la baisse des taux réduit le coût du financement et soutient la valorisation des actifs risqués. Après la baisse des taux à 3,50 %–3,75 % en décembre 2025, le reflux des taux courts a effectivement orienté une partie des capitaux vers les actifs numériques à haut risque. Toutefois, après les baisses de taux de 2019, le BTC a d’abord reculé avant de rebondir, ce qui montre que les baisses de taux peuvent aussi entraîner des corrections de type « sell-the-news » une fois l’information intégrée par le marché.

Décryptage du sentiment de marché : faucon, colombe et divergences

Après l’audition de Walsh, les institutions de marché sont clairement partagées, le débat portant sur une « posture faucon, mais fond colombe ».

Principales opinions institutionnelles

Certains analystes interprètent les propos de Walsh comme « faucons en apparence, mais potentiellement colombe ». Cela suggère que, si la direction des futures baisses de taux est fixée, leur rythme et leur ampleur restent incertains. L’équipe de recherche économique de DBS Hong Kong note que la position de Walsh — « posture de nomination » mais imprécise sur les outils concrets — pourrait ralentir la mise en œuvre effective des politiques concernées.

Certains acteurs de marché estiment que l’insistance de Walsh sur l’indépendance de la Fed et son rejet d’une intervention présidentielle ont apaisé les craintes mondiales d’une politisation de la politique monétaire, soutenant à la fois le dollar et les bons du Trésor.

D’autres analystes jugent le ton général de Walsh faucon, ce qui pourrait tempérer les anticipations trop optimistes de baisses rapides de taux et exercer une pression à court terme sur les actions américaines. Guotai Haitong, pour sa part, adopte une position « neutre », estimant que le véritable défi de Walsh sera de convaincre les membres du FOMC de reconnaître la tendance à la baisse de l’inflation, ouvrant ainsi la voie à des baisses de taux.

Prix réels de marché

Au 24 avril 2026, les données « FedWatch » du CME montrent une probabilité de 99 % de statu quo sur les taux en avril, et seulement 2,6 % de probabilité d’une baisse en juin. Le marché n’anticipe donc quasiment aucune baisse de taux à court terme.

Cela indique que, malgré la tonalité accommodante de Walsh lors de l’audition, la valorisation des baisses de taux sur les marchés dérivés reste très prudente — sans doute parce que les craintes de resserrement de la liquidité via le QT compensent les attentes positives liées aux baisses de taux, ou parce que le marché demeure prudent face aux perspectives d’inflation.

Analyse de l’impact sectoriel : transmission de la politique macro aux crypto-actifs

Pour évaluer l’impact du cadre politique de Walsh sur les crypto-actifs, il convient d’analyser trois canaux : la liquidité, la valorisation et le sentiment de marché.

Premièrement, le canal de la liquidité : le QT comme vent contraire direct

Le QT signifie que la Fed réduit ses avoirs en obligations, retirant de la liquidité du système financier. Ce processus resserre directement la liquidité en dollars, moteur central des flux entrants sur le marché crypto. En réduisant son bilan, la Fed retire des réserves en dollars du système financier mondial, diminuant les flux vers les plateformes d’échange. Les marchés crypto, qui reposent sur l’excès de liquidité, ressentent généralement cette contraction plus vite que les autres classes d’actifs.

Au premier trimestre 2026, certains analystes ont signalé que le Bitcoin faisait face à une « triple pression de liquidité » — QT en cours, modifications de la gestion du Treasury General Account, et impact du plafond de la dette. Si Walsh accélère le QT, la croissance de la masse monétaire M2 pourrait encore ralentir, voire devenir négative, accentuant la pression de liquidité sur les actifs à risque comme le Bitcoin.

Deuxièmement, le canal de la valorisation : soutien des baisses de taux vs. frein du QT

Les baisses de taux réduisent le taux sans risque, ce qui, en théorie, soutient la valorisation des actifs risqués comme le Bitcoin. Cependant, dans le cadre défendu par Walsh, les baisses de taux ne constituent pas un « assouplissement net » — les effets positifs des baisses de taux peuvent être neutralisés par le resserrement de liquidité lié au QT.

Après les baisses de taux de 2019 et la fin du QT, le BTC a d’abord chuté avant de rebondir. Cela suggère que l’impact du QT sur les crypto-actifs précède souvent les bénéfices liés à la baisse des taux.

Troisièmement, le canal du sentiment de marché et structurel : interactions entre bons du Trésor et crypto

Les données récentes montrent une corrélation négative plus marquée entre le Bitcoin et les rendements du Trésor. Les ventes massives de bons du Trésor par les banques centrales, qui font grimper les taux réels, affectent directement le marché crypto. Toutefois, si les banques centrales vendent des Treasuries pour défendre leur propre devise, la liquidité en dollars générée peut temporairement soutenir le marché crypto, créant une dynamique de « baisse puis rebond ».

Avec le QT de Walsh et une offre élevée de Treasuries, les taux longs pourraient rester durablement sous pression, constituant un frein macroéconomique majeur pour la valorisation du marché crypto dans ce cycle.

Conclusion

La proposition de Walsh d’une politique à double volet — « réduction du bilan et baisse des taux » — représente une reconfiguration majeure du cadre traditionnel de la Fed. Le QT induit un resserrement de la liquidité aux effets étendus sur les taux longs américains, tandis que les baisses de taux visent à soutenir l’économie réelle via la réduction des taux courts. En théorie, ces deux leviers peuvent coexister, mais dans la pratique, leurs effets sur la valorisation des actifs ont souvent tendance à s’annuler.

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