Bob McGrew, ancien Chief Research Officer d’OpenAI et ayant également joué un rôle clé chez Palantir, partage son point de vue d’investisseur sur la vague actuelle d’IA. Il affirme que l’ambiance du marché ressemble beaucoup à une période de bulle, avec des levées de fonds de plusieurs centaines de millions de dollars et chaque présentation intégrant une section sur les investissements liés à l’IA. Cependant, dans ce contexte, McGrew ne investit pas dans tous les projets, mais suit un cadre d’investissement clair dans l’IA.
La vague d’IA arrive, l’ambiance du marché évoque une bulle
Dès le début de l’interview, l’animateur décrit l’atmosphère actuelle des investissements en IA comme étant une réédition de l’époque de la bulle. Des levées de fonds de 100 millions, 200 millions de dollars apparaissent constamment, et presque toutes les équipes en présentation consacrent une partie à l’IA.
L’animateur partage également sa propre expérience : il a dirigé une société SaaS de technologie juridique qui, après avoir collaboré avec OpenAI et intégré l’IA pour aider les assistants juridiques, a vu sa valeur augmenter considérablement. Elle a finalement été rachetée par Thomson Reuters à un prix huit fois supérieur à la dernière levée de fonds, illustrant que l’IA transforme rapidement de nombreux secteurs.
Dans ce contexte, l’animateur demande à McGrew, en dehors d’OpenAI, quels sont les domaines des startups IA qui méritent vraiment d’être investis, et si l’infrastructure reste une étape essentielle.
(Note : Thomson Reuters est une société mondiale d’informations professionnelles et de services de données, principalement utilisée par des professionnels du droit, de la finance, de la comptabilité, de la fiscalité, de la gestion des risques et des médias. )
Prendre ses distances avec l’infrastructure IA, se concentrer sur ce qui était impossible auparavant
McGrew admet qu’il reste réservé quant à l’investissement dans des startups axées uniquement sur l’infrastructure IA. Selon lui, la majorité des solutions d’infrastructure traitent en réalité des problèmes liés aux modèles « actuels », mais avec l’arrivée de GPT-5 et autres LLM, la façon dont on utilise ces outils et leurs besoins pourraient changer radicalement. Les infrastructures construites aujourd’hui ne seront peut-être plus adaptées demain.
Il préfère voir des projets utilisant l’IA pour résoudre « des problèmes impossibles à résoudre auparavant », plutôt que de simplement ajouter de l’IA à des processus existants pour en faire une « version IA ».
Il précise que ses intérêts se portent surtout sur les startups appliquées.
Une multitude de stagiaires à investir, de nouveaux modèles commerciaux en perspective
Pour illustrer sa logique d’investissement dans l’application, McGrew utilise une métaphore concrète : l’IA, c’est comme si l’on disposait soudainement de « milliers de stagiaires à attention très courte ».
Autrefois, beaucoup de tâches étaient impossibles à réaliser non pas à cause d’une limite technique, mais parce que la main-d’œuvre était trop coûteuse, trop lente ou la gestion trop complexe. Mais si une masse de « stagiaires » de niveau étudiant apparaissait, beaucoup de travaux auparavant non rentables ou irréalisables deviendraient soudainement possibles.
Il compare aussi la capacité des modèles à celle d’étudiants : GPT-3 serait comme un lycéen, GPT-3.5 comme un étudiant de première année, GPT-4 comme un étudiant de troisième année, et GPT-5 représenterait un tout autre niveau. Selon lui, la clé n’est pas la puissance du modèle en soi, mais la capacité de l’entrepreneur à imaginer comment exploiter cette « armée » de stagiaires pour créer de nouvelles divisions du travail et de nouveaux modèles commerciaux.
Ne pas se confronter directement aux géants du hardware et de la puissance de calcul, tout en misant sur les nouvelles technologies IA
Concernant l’afflux massif de capitaux dans les GPU, centres de données et la location de puissance de calcul, McGrew adopte une position pragmatique. Il rappelle que, par le passé, plusieurs ont tenté de développer de nouvelles puces, mais qu’aujourd’hui, NVIDIA, grâce à sa position dominante sur le marché et ses ressources financières, peut continuer à améliorer ses produits. Par conséquent, parier sur NVIDIA dans cette course à la puissance de calcul est très difficile.
Il ne rejette pas totalement ces investissements, mais pense qu’il est judicieux de réserver une petite partie de son portefeuille pour parier sur des technologies innovantes à haut risque mais à potentiel de gains énormes si elles réussissent.
Le cadre d’investissement : ce que l’IA va réécrire dans ce qui vaut la peine d’être fait
Enfin, McGrew partage son cadre d’investissement dans l’IA. Il ne s’agit pas de suivre les tendances technologiques les plus en vogue, mais de réfléchir à comment l’IA va transformer « ce qui mérite d’être fait ».
Selon lui, les véritables opportunités entrepreneuriales ne résident pas dans l’accélération de processus existants, mais dans la capacité de l’IA à rendre possibles, pour la première fois, des activités auparavant impossibles à cause de la main-d’œuvre, des coûts ou de l’échelle. Ces innovations peuvent même donner naissance à de nouveaux secteurs.
(Les modèles commerciaux futurs de l’IA restent difficiles à prévoir, a16z analyse la prochaine vague de technologies et d’investissements en IA)
Cet article sur la façon dont l’IA pourrait déclencher de nouveaux modèles commerciaux et la vision de l’ancien responsable de recherche d’OpenAI Bob McGrew sur son cadre d’investissement en IA a été publié initialement par Chain News ABMedia.