Rédaction : Guo Fangxin, Sha Jun
Le 3 février, la plateforme de tokenisation d’actifs réels Ondo Finance a fait une annonce en grande pompe en lançant le service « Ondo Global Listing (Liste mondiale Ondo) », affirmant pouvoir introduire en chaîne, de manière « quasi-temps réel », les actions américaines cotées en IPO, permettant leur négociation sur diverses blockchains dès le premier jour de cotation. Cette initiative vise non seulement à éliminer le « décalage IPO » entre Wall Street et le monde de la cryptographie, mais aussi, grâce à ses plus de 2,5 milliards de dollars d’actifs sous gestion et ses 9 milliards de dollars de volume de transactions cumulés, à montrer la volonté de transition d’un « intermédiaire » vers un « souscripteur numérique ».
Cependant, aussi hautaine et innovante que soit Ondo, elle n’est qu’une « percée en aval » initiée par un protocole natif de la cryptosphère. La véritable limite de la vague de tokenisation des actions américaines sera toujours déterminée par les géants de l’infrastructure traditionnelle. Le 19 janvier 2026, la Bourse de New York (NYSE) a officiellement annoncé qu’elle développait une plateforme pour la négociation de titres tokenisés et leur règlement en chaîne, et qu’elle allait demander les approbations nécessaires aux autorités réglementaires.
Cette annonce a suscité de nombreux débats dans le monde de la finance traditionnelle comme dans l’industrie crypto, mais la majorité a résumé cela en une phrase — « la NYSE va faire de la tokenisation des actions américaines ». Bien que cette affirmation soit correcte, elle est loin d’être suffisante. Si l’on réduit cette démarche à une simple « mise en chaîne des actions » ou à une « convergence de la finance traditionnelle vers le Web3 », on en manque l’essence. La démarche de la NYSE représente en réalité une révolution institutionnelle mûrement réfléchie.
À partir de cette actualité, Crypto Salad souhaite analyser de manière systématique le développement actuel de la tokenisation des actions américaines. En tant qu’introduction à cette série, cet article se concentrera sur ce que cette annonce majeure implique concrètement et sur ses impacts potentiels pour l’ensemble du secteur traditionnel des actions.
Selon le communiqué officiel de la NYSE, il ne s’agit pas simplement d’apposer une étiquette « token » sur des actions, mais d’une refonte complète de l’ensemble du système de négociation des titres, en décomposant et reconstruisant toute la chaîne. Quatre transformations clés se dégagent :
(1) Négociation 7×24
La négociation 7×24 est une distinction fondamentale entre le marché crypto et la finance traditionnelle. Mais la NYSE ne parle pas simplement d’étendre les horaires de trading, elle met l’accent sur « l’infrastructure post-trade ». Elle souhaite créer une nouvelle plateforme numérique combinant leur moteur de correspondance (Pillar) et un système post-trade basé sur la blockchain, afin de permettre la « négociation, le règlement et la garde » en continu. En résumé, la NYSE veut développer de nouvelles technologies et cadres institutionnels pour que le système de règlement puisse fonctionner de façon continue.
La raison pour laquelle la finance traditionnelle maintient des horaires fixes est que de nombreux processus, comme le règlement ou le transfert de fonds, dépendent fortement des heures d’ouverture bancaires et des fenêtres de compensation. La NYSE propose d’utiliser la blockchain ou des outils de fonds tokenisés pour couvrir ces « interruptions de fonds en dehors des heures d’ouverture », activant ainsi la période de fermeture nocturne et le week-end.
L’impact d’une négociation 24/7 peut être positif ou négatif pour le marché et les investisseurs particuliers, Crypto Salad recommande la prudence. Mais pour le marché américain, cela représente un avantage certain : en étant la principale réserve d’actifs mondiale, si ses horaires restent limités à la journée locale, cela limite son potentiel de globalisation et de liquidité.
(2) Règlement instantané en stablecoin
La NYSE souhaite prolonger la durée de négociation grâce à des « outils de fonds tokenisés ou en chaîne ». Parmi ces outils, le plus central est le règlement.
Le communiqué évoque « règlement instantané » et « financement basé sur des stablecoins », précisant que la plateforme utilisera un « système de règlement post-trade en chaîne ». Deux points importants :
Cela permettrait d’éviter les risques liés aux décalages entre négociation et règlement. La NYSE collabore avec BNY Mellon et Citi pour promouvoir les « dépôts tokenisés », afin que les membres de la chambre de compensation puissent transférer et gérer des fonds en dehors des heures bancaires, répondre aux exigences de marge, et couvrir les besoins transfrontaliers.
(3) Négociation de fractions d’actions (碎股)
Après avoir évoqué l’innovation infrastructurelle, abordons le bénéfice principal pour les investisseurs non américains : la négociation fractionnée.
Jusqu’ici, la tokenisation des actions américaines a souvent été analysée sous l’angle des avantages et risques des fractions d’actions. La nouvelle de la NYSE marque la première fois qu’elle officialise cette notion. Le projet vise à faire passer l’unité de négociation de « 1 action » à une unité plus proche d’un « montant d’investissement ». Par exemple, une action Tesla à 400 dollars ne peut pas être achetée par un petit investisseur, mais si l’on peut acheter 0,025 action pour 10 dollars, cela devient très attractif.
Ce n’est pas seulement pour satisfaire les petits investisseurs, mais aussi pour redéfinir la granularité minimale de négociation adaptée à la tokenisation et au règlement en chaîne. Cela aura plusieurs effets : d’une part, la manière de fournir de la liquidité et de faire du marché changera radicalement, car la liquidité ne sera plus concentrée uniquement sur la profondeur de l’action entière, mais pourra se reconstruire autour d’autres critères (par exemple, le montant). D’autre part, en permettant la « substitution » entre actions tokenisées et titres traditionnels, cela facilitera le règlement, l’échange et l’interopérabilité entre différentes formes d’actifs. On peut comparer cela à décomposer une grosse coupure en monnaie de petite valeur, puis à unifier la monnaie pour une utilisation dans différents magasins.
Dans cette restructuration, la négociation fractionnée n’est plus simplement une « commodité » pour les petits investisseurs, mais une condition préalable à la programmabilité, la composabilité et l’automatisation des actifs. Elle ne sert pas uniquement à « rendre l’achat plus abordable », mais à doter les actifs d’une infrastructure numérique de circulation.
(4) Titres numériques natifs (Native Issuance)
Concernant le concept de « titres numériques natifs », la NYSE a défini des limites très claires. L’objectif n’est pas de simplement mapper les actions existantes en certificats en chaîne, comme le fait Nasdaq, mais d’explorer une forme de titres entièrement natifs, depuis la confirmation de propriété jusqu’à leur gestion en chaîne.
Cela implique que les dividendes, droits de vote, gouvernance d’entreprise, ne seront pas simplement ajoutés par des règles hors chaîne, mais intégrés directement dans le cycle de vie du titre numérique. Il ne s’agit pas d’une simple mise à jour technique, mais d’une redéfinition de la nature même du titre.
Une fois la délivrance native autorisée, il faudra repenser la confirmation de propriété, le registre des détenteurs, les dividendes, le vote, la gouvernance, ainsi que les restrictions de transfert et de garde. La distribution sera limitée à des courtiers agréés, ce qui répond aussi à une préoccupation réglementaire : il ne s’agit pas d’un marché sauvage de tokens pour tous, mais d’un système ordonné, avec des seuils et une gestion stricte.
Pourquoi cette impulsion à ce moment précis ? Pourquoi la NYSE propose-t-elle ces réformes « radicales » aujourd’hui ?
Tout produit financier innovant destiné à devenir mainstream doit d’abord prouver que ses systèmes sous-jacents sont suffisamment robustes pour supporter une entrée massive de fonds à faible tolérance au risque.
Ces dernières années, beaucoup ont discuté de « l’intégration en chaîne », « la décentralisation » ou « la révolution de l’efficacité », mais ces idées n’ont pas été appliquées concrètement, car elles reposent souvent sur des infrastructures financières, de règlement et de gestion des risques encore immature.
La NYSE a intelligemment choisi de ne pas tenter de gérer une blockchain en propre, mais d’intégrer la tokenisation dans ses infrastructures existantes. Sa maison mère ICE collabore avec BNY Mellon, Citibank, etc., pour supporter la tokenisation des dépôts et des outils financiers dans ses chambres de compensation. Cela permet aux membres de la chambre de compensation de transférer des fonds, de gérer des marges, même en dehors des heures bancaires, assurant ainsi une liquidité et un financement en continu pour le trading 7×24.
Crypto Salad souhaite souligner que lorsque l’argent lui-même devient tokenisé, on ne parle plus d’« actifs conceptuels » mais de « l’argent » en tant que tel. La régulation, la gestion des risques et l’accès doivent alors atteindre un niveau très élevé, sinon le système ne pourra pas gagner la confiance du grand public.
C’est pourquoi la NYSE ne cherche pas à « réinventer la roue » mais à s’inscrire dans un cadre réglementaire. La plateforme insiste sur un « accès non discriminatoire » dans un cadre conforme, mais cette non-discrimination a ses limites : elle n’est ouverte qu’aux courtiers agréés, et toutes les opérations restent intégrées dans le système réglementaire existant, plutôt que d’être en dehors. À l’avenir, ce ne seront pas de nouveaux « contreparties » qui occuperont la scène, mais une infrastructure capable d’accueillir la compréhension des utilisateurs, la gestion d’actifs et l’accès au trading dans un cadre réglementé.
Sous cette tendance, la conquête des positions dans l’écosystème et l’accès à la liquidité en chaîne sont devenus une étape incontournable pour des acteurs comme Ondo, Kraken, MSX, etc. La compétition ne concerne pas seulement Ondo, mais aussi des plateformes comme MSX, qui, en se concentrant sur la tokenisation des actions américaines, construisent leur défense en lançant de nouveaux produits dérivés et en affinant leur sélection. Pour ces acteurs plus agiles, la capacité à s’adapter rapidement et précisément à cette vague leur offre un potentiel énorme.
Par ailleurs, la tokenisation ne modifie pas la nature juridique des titres : les actionnaires tokenisés conservent, en droit, leurs droits aux dividendes et à la gouvernance, ce qui est considéré comme essentiel dans les discussions. Lorsqu’un produit veut entrer sur le marché principal, la clarté des droits et la sécurisation de la confirmation de propriété sont plus importantes que la simple technique.
D’un point de vue macro, la NYSE cherche à résoudre un problème de fragmentation de la liquidité qui perdure dans la finance traditionnelle. En combinant « des cadres de confiance élevés » et « des moyens technologiques plus efficaces », elle veut réintégrer dans un système transparent, auditable et responsable, les transactions qui auparavant passaient par des marchés gris, OTC ou non réglementés. La conviction partagée lors des réunions est que l’innovation capable de traverser les cycles sera celle qui, tout en étant conforme, résistera aux tests les plus rigoureux. Une fois cette structure validée, l’afflux de capitaux traditionnels ne sera pas un obstacle, mais un accélérateur.
Du point de vue juridique, cette évolution ne se limite pas à une simple mise à jour technique, mais représente une étape dans l’évolution de la formation du capital. Grâce à la compensation et au règlement en chaîne, les institutions financières traditionnelles peuvent, sans bouleverser la réglementation existante, rendre la gestion d’actifs plus globale et continue dans le temps. Il ne s’agit pas d’un « ancien système remplacé par une nouvelle technologie », mais d’une intégration de cette dernière dans le cœur même du système existant — ce qui constitue la condition préalable à une acceptation plus large de ces nouvelles formes par la finance mainstream.