
Les célèbres commentateurs financiers Jim Cramer affirme que Trump achèterait des bitcoins à 60 000 dollars pour soutenir le marché. Le secrétaire au Trésor Berset a précisé qu’il n’en a pas le pouvoir et qu’il n’utilisera pas l’argent des contribuables. Le gouvernement américain détient actuellement 23 milliards de dollars en bitcoins, principalement issus de confiscations par les forces de l’ordre, et ne vend que les actifs accumulés sans intention d’achat actif. La création d’une réserve officielle nécessiterait une législation du Congrès, ce qui n’est pas en place actuellement.
Récemment, la tendance du bitcoin est faible, le marché est incertain, et le célèbre commentateur financier Jim Cramer, souvent considéré comme un « indicateur inversé », affirme avoir entendu dire que si le bitcoin chute à 60 000 dollars, le président Trump lancerait un « plan de réserve de bitcoins » pour combler le stock. Bien que cette déclaration ne soit qu’un bruit de marché non confirmé officiellement, la forte notoriété de Cramer dans le cercle des investisseurs particuliers américains, combinée à la récente fourchette de prix du bitcoin entre 62 840 et 70 000 dollars, a rapidement suscité des spéculations, alimentant le marché sur la possibilité que la Maison Blanche ait fixé un seuil de prix pour intervenir.
Jim Cramer est animateur de l’émission « Mad Money » sur CNBC, connu pour ses gestes exagérés et ses recommandations passionnées sur les actions. Cependant, il est surtout célèbre dans le monde de l’investissement pour son effet « indicateur inversé » : ses recommandations haussières entraînent souvent des baisses, et vice versa. Avant la crise financière de 2008, il soutenait fortement Bear Stearns, qui fit faillite quelques semaines plus tard. En 2022, il était optimiste sur la technologie, mais le Nasdaq a chuté de plus de 30 %. Ce taux de précision inverse lui a valu une réputation de mème sur Internet, avec certains traders développant des stratégies de trading « à l’envers de Cramer » : il dit acheter, ils vendent ; il dit vendre, ils achètent.
Lorsque Cramer affirme que le gouvernement américain protégerait le marché à 60 000 dollars, la première réaction des investisseurs familiers est souvent : « Le bitcoin va tomber sous 60 000 » ou « Le gouvernement n’achètera jamais ». Bien que cette réaction soit teintée d’humour, elle reflète aussi une méfiance générale envers le jugement de Cramer. Plus important encore, la déclaration de Cramer selon laquelle il aurait « entendu dire » n’est étayée par aucune source ou preuve, ce qui la rend totalement peu crédible selon les standards journalistiques.
2008 : Soutien à Bear Stearns, faillite quelques semaines plus tard
2022 : Optimisme sur la tech, chute du Nasdaq de plus de 30 %
2021 : Recommandation d’acheter au sommet l’IPO de Coinbase, puis chute de moitié
2026 : Affirmation que le gouvernement protégerait le marché à 60 000 dollars, à vérifier

(Source : Arkham)
Concernant la possibilité pour le gouvernement américain d’intervenir pour sauver le marché, le secrétaire au Trésor Berset a clairement répondu lors d’une audition la semaine dernière qu’il n’en a pas le pouvoir, ni celui d’ordonner aux banques américaines d’acheter des cryptomonnaies. Cette clarification contredit directement la déclaration de Cramer, montrant que le département du Trésor américain n’a ni la volonté ni la législation pour acheter activement des bitcoins.
Berset a réaffirmé que le plan de réserve actuel du gouvernement américain reste neutre au niveau budgétaire, sans utiliser l’argent des contribuables pour acheter des cryptomonnaies. « Neutre au niveau budgétaire » signifie que la constitution d’une réserve ne doit pas augmenter les dépenses ou la dette publiques, mais peut se faire par la reconfiguration d’actifs existants (par exemple, vendre de l’or pour acheter des bitcoins) ou par la confiscation d’actifs. Ces restrictions rendent toute acquisition massive de bitcoins pratiquement impossible.
Selon les données d’Arkham, la valeur des bitcoins détenus par le gouvernement américain s’élève à environ 23 milliards de dollars, principalement issus de confiscations lors d’enquêtes policières. Les bitcoins saisis dans des affaires comme Silk Road, Bitfinex, ou diverses fraudes et opérations de blanchiment, ont été attribués au gouvernement fédéral après jugement. La politique actuelle consiste principalement à cesser de vendre ces actifs saisis pour constituer une réserve, plutôt qu’à intervenir activement sur le marché ou à utiliser des fonds publics pour acheter.
Ces 23 milliards de dollars représentent environ 330 000 bitcoins (au prix de 70 000 dollars), faisant du gouvernement américain l’un des plus grands détenteurs mondiaux, derrière Satoshi (estimé à environ un million de bitcoins) et quelques autres gros acteurs. Cependant, ces bitcoins ne sont pas achetés, mais confisqués, ce qui est essentiel pour comprendre la nature de la réserve américaine en bitcoins.
La réserve stratégique en bitcoins des États-Unis repose pour l’instant uniquement sur des décrets exécutifs. Selon un rapport de CoinDesk, l’ancien président Trump avait signé un décret pour établir une telle réserve, mais le mécanisme n’est pas encore opérationnel. Après plusieurs mois d’audit des actifs cryptographiques détenus par le gouvernement, le conseiller en cryptomonnaies de la Maison Blanche, Patrick Witt, a indiqué la semaine dernière qu’aucun chiffre précis ne serait rendu public pour le moment, ce qui ne signifie pas que le gouvernement a la capacité d’acheter massivement des bitcoins.
Le principal obstacle à une acquisition active par le gouvernement américain réside dans le processus législatif. Pour établir officiellement une réserve nationale légale, il faut une loi du Congrès. Or, le Congrès se concentre actuellement sur la régulation des marchés des actifs numériques et la fiscalité, et non sur la création d’un stock stratégique. Des projets de loi comme le « CLARITY Act » visent à clarifier la réglementation et à protéger les investisseurs, mais ne concernent pas la constitution d’une réserve nationale. Même si la Maison Blanche pousse pour une loi sur la réserve en bitcoins, celle-ci doit passer par un long processus de commissions, de votes au Congrès, puis de signature présidentielle, ce qui est impossible à court terme.
De plus, la loi sur la réserve en bitcoins rencontre une forte opposition politique. La majorité démocrate y est généralement opposée, estimant qu’il s’agit d’un investissement risqué avec l’argent des contribuables. Certains républicains expriment aussi des réserves, craignant que la détention d’actifs très volatils ne mette en danger la stabilité financière. Avec des voix opposées dans les deux camps, l’adoption d’un tel projet est très difficile. Même au sein de la majorité républicaine à la Chambre, tous les membres ne soutiennent pas la réserve en bitcoins.
Pouvoir législatif : le secrétaire au Trésor a clairement dit qu’il n’en a pas le pouvoir, seul le Congrès peut légiférer
Restrictions budgétaires : la réserve doit rester neutre au niveau du budget, sans utiliser l’argent des contribuables
Opposition politique : des membres des deux partis s’y opposent, rendant la loi difficile à faire adopter
Ainsi, la déclaration de Cramer selon laquelle « le gouvernement protégerait le marché à 60 000 dollars » est totalement infondée. Le gouvernement n’a ni la législation, ni la capacité opérationnelle, ni le consensus politique pour acheter activement des bitcoins. Si le prix chute à 60 000 dollars ou moins, la seule action possible du gouvernement est de continuer à détenir les 23 milliards de dollars d’actifs confisqués existants, sans intervention d’achat supplémentaire.
Bien que la déclaration de Cramer soit démentie par les autorités, son impact sur la psychologie du marché ne doit pas être sous-estimé. Lorsqu’un « indicateur inversé » affirme que le gouvernement va soutenir le marché, de nombreux investisseurs peuvent devenir plus pessimistes, pensant « Même Cramer est haussier, ça doit baisser ». Cette psychologie peut renforcer la pression vendeuse, créant une prophétie auto-réalisatrice.
Une autre possibilité est que, même si la déclaration de Cramer est fausse, elle met en lumière un niveau de support potentiel. Si beaucoup d’investisseurs croient que 60 000 dollars est le prix auquel le gouvernement interviendra (même si c’est faux), ils peuvent acheter en avance à ce niveau, créant ainsi un support réel. Ce phénomène de « fausse information créant un vrai support » n’est pas rare sur les marchés financiers.
Pour un investisseur rationnel, il est essentiel de se baser sur les faits et non sur les spéculations des commentateurs. La réalité est que : le gouvernement américain n’a pas de mécanisme ni de plan pour acheter des bitcoins, le secrétaire au Trésor a clairement dit qu’il n’en a pas le pouvoir, et la législation sur la réserve en bitcoins ne sera pas adoptée à court terme. Sur cette base, toute attente d’un « sauvetage » gouvernemental est une illusion irréaliste. La valeur du bitcoin sera principalement déterminée par l’offre et la demande du marché, et le seul rôle du gouvernement est de ne pas vendre ses actifs confisqués existants, ce qui a un effet de soutien limité sur le prix.