Trump famille et le secteur des cryptomonnaies : co-fondateur de World Liberty Financial, Eric Trump, critique le secteur bancaire américain pour avoir bloqué les clauses d’intérêt sur les stablecoins, qualifiant cela d’« anti-américain ». Cependant, sa société, World Liberty Financial, a déjà émis le stablecoin USD1. Si la clause d’intérêt est adoptée, elle en bénéficiera directement. La bataille pour les droits aux revenus des stablecoins implique des intérêts divergents des deux côtés.
(Précédent : Les banques américaines s’allient pour soulever une faille dans la loi « Genius » : les intérêts sur stablecoins contrevenant aux régulations financières, 6,6 trillions de dollars de dépôts en danger)
(Contexte supplémentaire : Trump signe la loi « GENIUS » sur les stablecoins, Tether cherche la conformité USDT, Circle comment réagir ?)
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Étiquettes : Eric Trump, stablecoins, loi GENIUS, Jamie Dimon, World Liberty Financial
Eric Trump a récemment critiqué publiquement la position de l’industrie bancaire américaine sur la rémunération des stablecoins, la qualifiant d’« anti-américaine ». Il accuse notamment que : les banques offrent depuis longtemps des rendements proches de zéro sur les comptes de monnaie pour les particuliers, tout en facturant des frais élevés sur les petits comptes.
Il ajoute que « les banques sont en pleine panique, car elles savent qu’elles perdent la course de la finance numérique ». Ce ton est clairement émotionnel, mais il n’a pas fourni de données concrètes pour étayer cette « panique ».
Le cœur du débat réside dans une question technique : le paiement d’intérêts par les émetteurs de stablecoins aux détenteurs équivaut-il à un intérêt bancaire ?
Jamie Dimon, PDG de JPMorgan, affirme que : « le rendement, c’est l’intérêt, payer des intérêts, c’est une activité bancaire, qui doit donc être régulée comme une banque — y compris par des règles de capital, de liquidité, de lutte contre le blanchiment et l’assurance-dépôts fédérale ». Cette logique est cohérente dans le cadre financier traditionnel.
Le conseiller en politique crypto de la Maison Blanche, Patrick Witt, rétorque en insistant sur une distinction : ce qui doit être régulé, ce n’est pas le « paiement de rendement » en soi, mais « le prêt ou le réhypothèque de la réserve en dollars sous-jacent ». Il souligne que la loi GENIUS interdit explicitement aux émetteurs de prêter la réserve, rendant inapplicables la régulation bancaire classique.
Le différend porte donc sur la question : « un stablecoin, c’est une dépense ou un dépôt ? » Witt pense que non, Dimon que oui, fonctionnellement. Ce débat sur la définition n’a pas encore de réponse légale claire.
Lorsqu’on évalue les propos d’Eric Trump, un fait essentiel ne doit pas être ignoré : la société de la famille Trump, DT Marks DEFI LLC, détient 38 % de World Liberty Financial, plateforme qui a déjà émis le stablecoin USD1. Si la clause d’intérêt est adoptée, World Liberty Financial en tirera un bénéfice direct.
Le président Trump lui-même a publié sur Truth Social une critique contre les banques, accusant qu’elles « menacent et sabotent » la loi GENIUS. Selon des sources, il aurait rencontré en privé le PDG de Coinbase avant cette publication.
En résumé, la famille Trump joue à la fois le rôle de promoteur politique et de bénéficiaire potentiel dans ce débat. Cela ne rend pas leur argument invalide, mais constitue un conflit d’intérêts à révéler.
Les inquiétudes du secteur bancaire reposent sur des données concrètes. Les banques américaines détiennent actuellement environ 6,6 trillions de dollars en dépôts de particuliers. Si les stablecoins sont autorisés à offrir des rendements supérieurs à ceux des banques traditionnelles, une partie de ces fonds pourrait quitter le système bancaire pour les plateformes de stablecoins.
Cependant, « combien précisément pourrait sortir » reste difficile à estimer. Le marché des stablecoins représente environ 25 milliards de dollars, bien inférieur aux 6,6 trillions de dépôts. La vitesse et l’ampleur du transfert de fonds dépendront de la régulation, des habitudes des utilisateurs, de la confiance dans les plateformes, et d’autres variables.
Si la clause d’intérêt est adoptée, la fonction des stablecoins pourrait évoluer de simple outil de règlement à un produit de rendement. Mais cela signifie-t-il « la fin des banques » ? À ce stade, il n’y a pas suffisamment de preuves pour conclure cela.