Dans la leçon précédente, nous avons présenté le système de comptes de Web3 : les utilisateurs contrôlent leurs actifs grâce à une clé privée, et les portefeuilles servent essentiellement d’outils de signature.
Mais si Web3 se limite à la simple détention d’actifs, son intérêt reste en réalité assez restreint.
La question essentielle est donc : que peut-on faire d’autre avec des actifs, au-delà de leur transfert ?
Dans la conception de Bitcoin, les fonctionnalités sont relativement simples :
Bitcoin résout la question de la propriété des actifs numériques, mais n’offre pas de capacités d’interaction avancées. Ce qui a véritablement permis à Web3 de passer à l’étape suivante, c’est l’apparition d’Ethereum.

Source : page du smart contract du stablecoin Tether
L’innovation majeure d’Ethereum se résume en une phrase : inscrire des programmes dans la blockchain. Ces programmes sont appelés smart contracts.
Mais il est important de préciser : les smart contracts ne sont pas réellement “intelligents” — il s’agit de code déterministe exécuté sur la blockchain.
Leur force ne réside pas dans l’intelligence, mais dans les points suivants :
La logique de base peut se résumer ainsi : si certaines conditions sont réunies → les règles prédéfinies s’exécutent automatiquement
Par exemple :
Ce processus ne nécessite pas :
En somme, c’est la première fois que l’exécution des règles passe des institutions au système lui-même.
Dans les systèmes traditionnels, les règles ne s’exécutent pas d’elles-mêmes — leur application dépend d’institutions :
Les règles existent, mais leur application dépend de personnes et d’organisations.
Dans un système de smart contract, un changement fondamental s’opère : règles = code = exécution en elle-même
Les règles sont inscrites directement sur la blockchain et sont automatiquement déclenchées et exécutées par le réseau blockchain.
Trois changements structurels en découlent :
En résumé, les smart contracts remplacent les institutions par du code et la confiance par des algorithmes.
Si Bitcoin a permis la mise en blockchain des actifs,
Ethereum a permis la mise en blockchain de la logique.
La différence : la capacité fondamentale de BTC est d’enregistrer “qui possède quoi”, alors que celle d’ETH est de définir comment les actifs fonctionnent.
La blockchain est ainsi passée du statut de simple registre à celui de système d’exploitation.
Grâce aux smart contracts, Web3 dispose enfin d’une couche applicative.
Parmi les exemples :
Il ne s’agit plus seulement d’actifs, mais de combinaisons d’actifs, de règles et de logique comportementale.
La conséquence la plus directe des smart contracts est la DeFi (finance décentralisée). Dans la finance traditionnelle, les fonctions clés reposent sur des institutions :
Dans la DeFi, ces fonctions sont totalement modularisées et contractualisées :
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Fonction financière
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Implémentation DeFi
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| —- | —- |
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Dépôts
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Contrats de pool de liquidité
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Prêt
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Logique de collatéral et de liquidation
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Trading
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Automated Market Making (AMM)
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Taux d’intérêt
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Ajustement algorithmique dynamique
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L’enjeu n’est pas simplement de passer en ligne, mais de décomposer les fonctions financières en modules de code composables. Ainsi, la DeFi ne se contente pas de copier la finance traditionnelle : elle reconstruit la structure financière grâce au code.
Les smart contracts augmentent l’efficacité, mais introduisent aussi de nouveaux risques systémiques. Dans Web3, le code fait loi — si le code échoue, la règle échoue aussi.
Les risques fréquents sont notamment :
Contrairement aux systèmes traditionnels :
La plupart des utilisateurs pensent simplement utiliser une app lorsqu’ils interagissent avec Web3. En réalité, ils appellent des smart contracts.
Par exemple :
Le processus sous-jacent est le suivant :
L’interface utilisateur (UI) n’est qu’une visualisation des appels de contrat. Les utilisateurs n’utilisent pas un produit, ils interagissent avec un protocole.