
Le président de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), Travis Hill, a clairement indiqué mercredi lors du sommet de l’American Bankers Association à Washington que, dans le cadre réglementaire du « GENIUS Act », les détenteurs de stablecoins ne bénéficieront d’aucune forme de garantie de dépôt gouvernementale. Cette déclaration renforce davantage l’objectif central du « GENIUS Act » — qualifier les stablecoins comme une catégorie d’actifs distincte des dépôts bancaires, et non comme des objets couverts par l’assurance fédérale.

(Source : FDIC)
Les dépôts traditionnels en banque sont couverts par la FDIC, chaque déposant pouvant bénéficier d’une assurance fédérale maximale de 250 000 dollars. Ce système constitue depuis 1933 un pilier de la confiance dans le système bancaire américain. Exclure les stablecoins signifie que les détenteurs de USDC ou USDT, en cas de problème avec l’émetteur, dépendront entièrement des réserves de l’émetteur, sans garantie de la crédibilité du gouvernement fédéral.
Hill argue que l’intention législative du « GENIUS Act » est précisément de distinguer la nature juridique des stablecoins de celle des dépôts bancaires. Il souligne également que, même si l’on cherche à envisager une extension de l’assurance, les standards actuels posent des obstacles substantiels : « Les règles actuelles d’extension de l’assurance exigent que l’identité et les intérêts du client final puissent être vérifiés dans le cadre des processus commerciaux habituels, ce qui est rarement le cas dans les arrangements de stablecoins à grande échelle aujourd’hui. » Sur le plan technique, cela signifie que les stablecoins ont du mal à satisfaire les critères d’identification nécessaires pour l’extension de l’assurance.
La clarification de la FDIC met en lumière une ligne de démarcation réglementaire importante : même s’il s’agit d’actifs numériques sur blockchain, stablecoins et dépôts tokenisés sont soumis à des régulations radicalement différentes.
Stablecoins : non couverts par l’assurance FDIC, ne peuvent bénéficier d’une extension d’assurance ; dépendent du mécanisme de réserve exigé par le « GENIUS Act » pour protéger les fonds des utilisateurs.
Dépôts tokenisés : Hill indique clairement que, peu importe la technologie ou la méthode d’enregistrement, les dépôts bancaires sous forme de jetons programmables sur blockchain doivent être considérés comme des dépôts au sens juridique — « Par conséquent, les dépôts tokenisés devraient bénéficier du même traitement réglementaire et d’assurance que les dépôts non tokenisés. »
Cette différence repose sur la nature juridique, et non sur la forme technique : les dépôts tokenisés restent essentiellement des passifs de banque, bénéficiant de la protection FDIC ; les stablecoins sont des jetons émis par des entités qui ne sont pas nécessairement des banques, et leur statut juridique est plus proche d’un billet ou d’une part de fonds que d’un dépôt bancaire.
La frontière entre stablecoins et assurance de dépôt est un sujet brûlant en régulation, car elle touche directement au modèle économique des banques. Les banquiers craignent qu’en offrant des fonctionnalités similaires à celles des dépôts, avec des rendements plus élevés, les stablecoins n’incitent les déposants à transférer leurs fonds des comptes bancaires vers ces actifs numériques, érodant ainsi la base de dépôts — qui constitue la principale source de financement des prêts bancaires.
Les analystes de Jefferies ont même estimé cette semaine qu’une adoption rapide des stablecoins pourrait entraîner une perte de 3 à 5 % des dépôts principaux des banques américaines dans les cinq prochaines années, impactant directement leur rentabilité. Hill offre une perspective plus neutre : « Les clients ne retireront généralement pas leurs fonds du système bancaire dans son ensemble, mais cela pourrait modifier la nature et la répartition des dépôts dans le système. »
La déclaration de la FDIC clarifie le statut juridique des stablecoins, sans ajouter de risques concrets. Le « GENIUS Act » exige que les émetteurs de stablecoins maintiennent des réserves suffisantes (comme des obligations d’État ou des actifs équivalents en cash) pour assurer un échange 1:1. La sécurité des stablecoins majeurs dépend donc de la gestion des réserves par l’émetteur, et non de l’assurance fédérale. La position de la FDIC sur la non-couverture des stablecoins était anticipée ; cette déclaration ne fait que confirmer officiellement leur statut.
La « garantie de transfert » (Pass-through Insurance) désigne un mécanisme par lequel une banque ou un intermédiaire financier demande une couverture d’assurance de dépôt auprès de la FDIC au nom du client final, souvent utilisé pour les fonds de fonds monétaires ou certains services de garde de dépôts. Hill explique que les règles actuelles exigent que l’identité du bénéficiaire final puisse être clairement identifiée dans le cadre des opérations courantes, ce qui est difficile pour les grands arrangements de stablecoins. De plus, l’intention législative du « GENIUS Act » rend cette extension d’assurance inapplicable aux stablecoins.
Cela tient à leur nature juridique différente. Les dépôts tokenisés sont une représentation numérique d’une dette bancaire — l’argent est déposé dans une banque, qui a l’obligation de rembourser le déposant ; peu importe la technologie ou la forme d’enregistrement, cette obligation ne change pas, et la protection FDIC s’applique. Les stablecoins, en revanche, sont des jetons émis par des entités qui ne sont pas nécessairement des banques, et leur statut juridique est plus proche d’un billet ou d’un fonds, et non d’un dépôt bancaire.