Le gouvernement de Trump adopte depuis longtemps une position de non-intervention à l’égard de l’intelligence artificielle, mais commence désormais à envisager de mettre en place un mécanisme d’examen gouvernemental avant la publication publique des modèles d’IA, en raison des inquiétudes en matière de cybersécurité suscitées par le puissant modèle Mythos d’Anthropic, récemment rendu public, ce qui symbolise un tournant majeur dans la politique américaine de régulation de l’IA.
Changement de cap à toute vitesse de la politique de la Maison-Blanche : de la laisser-faire au contrôle
D’après un rapport du New York Times, des responsables américains ont révélé que le président Trump envisage de publier un décret présidentiel visant à créer un groupe de travail sur l’IA composé à la fois de hauts responsables du secteur technologique et de responsables gouvernementaux, chargé de préparer des procédures d’examen gouvernemental à mettre en œuvre avant la publication publique des nouveaux modèles d’IA.
La Maison-Blanche a déjà tenu, la semaine dernière, des discussions avec des dirigeants d’entreprises comme Anthropic, Google et OpenAI au sujet de ces projets ; des personnes au courant indiquent que le mécanisme d’examen potentiel pourrait s’inspirer du modèle britannique en vigueur, en impliquant plusieurs organismes gouvernementaux afin de s’assurer que les modèles d’IA respectent des normes de sécurité spécifiques.
Ce revirement de politique contraste fortement avec la position d’ouverture de Trump dans le passé. En juillet de l’année dernière, il avait déclaré publiquement : « Nous devons laisser ce bébé grandir et s’épanouir, et ne pas l’empêcher avec des réglementations stupides », puis, après son arrivée au pouvoir, il a rapidement supprimé les procédures de régulation demandées par le gouvernement de Biden exigeant des évaluations de sécurité de la part des développeurs d’IA. Pourtant, en à peine quelques mois, le climat politique a déjà changé.
Claude Mythos, que même Anthropic n’ose pas publier, choque la Maison-Blanche
Parmi les raisons qui expliquent le changement d’attitude de la Maison-Blanche, on estime que l’origine réside dans le nouveau modèle d’IA Claude Mythos publié par Anthropic le mois dernier. Anthropic avertit que Mythos, grâce à ses capacités extrêmement puissantes, peut identifier des failles de sécurité des logiciels, au point d’exploiter les faiblesses « de tous les systèmes d’exploitation et de tous les navigateurs web courants », ce qui pourrait déclencher de vastes cyberattaques. Finalement, l’entreprise a décidé de ne pas publier ce modèle.
La Maison-Blanche reste fortement vigilante, craignant qu’en cas d’incident majeur d’attaque cybernétique à grande échelle provoquée par l’IA, le gouvernement soit confronté à de lourdes conséquences politiques. Certains responsables évaluent aussi plus activement la possibilité de mettre en place un mécanisme de « priorité d’accès au gouvernement », permettant aux agences fédérales d’obtenir en premier l’accès aux modèles avant leur publication publique, afin de s’assurer que la valeur militaire et de renseignement des nouveaux modèles puisse être exploitée par le Pentagone.
(Le modèle de cybersécurité de niveau « arme » d’Anthropic Mythos fait l’objet d’un accès non autorisé : comment ont-ils fait ?)
Litige juridique entre Anthropic et le Pentagone
En plus du contexte de ce changement de politique, une autre affaire juridique délicate implique des démêlés entre le gouvernement et des entreprises. En février de cette année, Anthropic et le Pentagone ont engagé des discussions au sujet d’un contrat de 200 millions de dollars, mais Anthropic a choisi de refuser la demande du gouvernement de Trump. Le ministère de la Défense a alors inscrit Anthropic comme un « risque dans la chaîne d’approvisionnement pour la sécurité nationale ». Anthropic a ensuite intenté un procès pour tenter d’empêcher cette décision.
Le mois dernier, le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Susie Wiles, et le secrétaire au Trésor, Bessent, ont rencontré à la Maison-Blanche le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, dans le but de se concentrer sur la manière de rétablir l’utilisation des technologies d’Anthropic par le gouvernement ; par la suite, les deux parties ont toutes deux qualifié la rencontre de « productive ».
Course aux armements en accélération, cadre de régulation encore à définir
En mars de cette année, le gouvernement de Trump a nommé 13 acteurs du secteur technologique, dont le PDG de Meta, Mark Zuckerberg, le PDG de Nvidia, Jensen Huang, et le fondateur d’Oracle, Larry Ellison, pour former un nouveau comité consultatif sur l’IA à la Maison-Blanche. Il a également publié un cadre législatif demandant au Congrès d’élaborer une politique nationale unifiée en matière d’IA, afin de remplacer les règles fragmentées propres à chaque État.
La semaine dernière, le Pentagone a aussi annoncé avoir conclu un accord avec OpenAI, Google, Nvidia, SpaceX, Microsoft, Amazon et Reflection, afin de déployer les outils d’IA de ces entreprises sur le réseau classifié du ministère de la Défense. L’objectif est de renforcer l’analyse des données, d’améliorer la conscience de la situation sur le champ de bataille et d’aider les soldats à prendre des décisions dans des environnements opérationnels complexes.
Cette initiative montre que, quelle que soit l’évolution de la politique de régulation, l’expansion des applications militaires de l’IA par le gouvernement américain suit déjà une trajectoire déterminée. Toutefois, la question de savoir comment trouver un équilibre entre la promotion de l’innovation et la gestion des risques demeure l’un des défis les plus difficiles auxquels la Maison-Blanche est confrontée.
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