Le vice-président de la Banque d’Italie (Banca d’Italia), Chiara Scotti, a appelé le 5 mai à ce que l’UE évalue le développement d’une « version tokenisée » du système SEPA (Single Euro Payments Area, zone unique de paiements en euros), afin de répondre à l’« érosion » du système bancaire traditionnel par les monnaies privées tokenisées (jetons de monnaie électronique, dépôts bancaires tokenisés numériquement). Cointelegraph rapporte et synthétise : Scotti a souligné que l’infrastructure permettant l’interopérabilité « entre formes publiques et privées de monnaie » est une priorité clé pour la banque centrale, afin de maintenir le contrôle monétaire tout en ne freinant pas l’innovation.
Qu’est-ce que la SEPA ? Une infrastructure pour les paiements transfrontaliers dans l’UE
La SEPA (Single Euro Payments Area, zone unique de paiements en euros) est le réseau de paiements de détail transfrontaliers de l’UE, couvrant 36 pays, environ 520 millions d’habitants, et traitant des virements bancaires, des prélèvements directs et des paiements par carte libellés en euros. La valeur centrale de la SEPA est que les paiements transfrontaliers soient « aussi peu coûteux, rapides et prévisibles que des paiements nationaux », et constitue une infrastructure de base pour l’intégration financière européenne.
Mais le socle technique de la SEPA reste encore la structure traditionnelle de « connexion entre registres bancaires » : chaque paiement transfrontalier doit toujours être réglé via le système de comptes interne des banques expéditrices et bénéficiaires, avec un écart notable par rapport au « règlement instantané natif on-chain » d’aujourd’hui. L’appel de Scotti consiste à faire évoluer la SEPA vers la tokenisation, tout en préservant l’intégration des paiements au sein de l’UE, avec un socle basé sur la blockchain / DLT.
Motivation : contrer l’« érosion » causée par les monnaies privées tokenisées
Dans son discours, Scotti a clairement indiqué l’impact de nouvelles monnaies privées tokenisées sur le système bancaire traditionnel :
Jetons de monnaie électronique (e-money tokens, c’est-à-dire des stablecoins) — voler directement l’usage des utilisateurs aux dépôts bancaires
Dépôts bancaires tokenisés numériquement — bien qu’il s’agisse toujours de dépôts bancaires, ils sont enregistrés sur la DLT et modifient ainsi les processus de compensation traditionnels
Sa préoccupation centrale est que « si les banques centrales de l’UE n’établissent pas proactivement une infrastructure de paiement tokenisée du secteur public, les monnaies tokenisées émises par des acteurs privés vont dominer, et la transmission de la politique monétaire de la banque centrale sera affaiblie ». Ce raisonnement est du même ordre que les arguments liés au CLARITY Act lors du rebondissement dans le secteur bancaire américain le 4/5 — des deux côtés, banques centrales / acteurs bancaires traditionnels, qui craignent que les stablecoins / monnaies tokenisées réduisent le monopole des banques traditionnelles sur les dépôts.
La trajectoire tokenisée de l’UE : alignement avec le lancement du même type de mouvements, numérisation de l’euro et actions des autres États membres
Le présent dossier s’inscrit dans une série d’actions de « tokenisation d’infrastructures » au sein de l’UE :
La Banque centrale européenne (BCE) pousse la « monnaie numérique » (digital euro), avec un lancement de pilot au T3 2026, et possiblement une émission officielle en 2029
Début mai : la banque espagnole Sabadell et Bankinter rejoignent l’alliance européenne des stablecoins (deuxième vague de banques après UniCredit en Italie)
Début mai : les ministres des Finances de la zone euro exigent collectivement qu’Anthropic ouvre le modèle d’IA Mythos aux banques européennes (axe cybersécurité / IA)
Le 5 mai (le présent dossier) : la Banque d’Italie appelle à tokeniser la SEPA
Ensemble, ces actions dessinent une stratégie en double axe pour l’UE : une « tokenisation d’infrastructures publiques » menée par la banque centrale (SEPA, digital euro) + des « alliances de stablecoins conformes » portées par les banques commerciales. Deux lignes parallèles pour éviter l’étau d’un monde dominé par des stablecoins adossés au dollar (USDC, USDT) et des actifs tokenisés en dollars.
Pour l’industrie européenne, l’appel de Scotti est un « signal de rattrapage » : sur la trajectoire des infrastructures tokenisées, l’UE accuse un retard évident par rapport aux États-Unis (DTCC doit lancer la tokenisation des bons du Trésor américain en mai) et au Royaume-Uni (LSEG de la bourse de compensation numérique fonctionne déjà). Le fait que la Banque d’Italie lance maintenant un signal vise à faire avancer la SEPA tokenisée, de « phase expérimentale » vers un « agenda politique concret ».
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